Sclérose en plaques. David Berty: « Le rugby m'a aidé

Publié le par Handi@dy

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Sclérose en plaques. David Berty: « Le rugby m'a aidé »
Sclérose en plaques. David Berty: « Le rugby m'a aidé »
Sclérose en plaques. David Berty: « Le rugby m'a aidé »

David, quel regard portez-vous sur votre carrière sportive ?

C'est tout d'abord une grande aventure humaine. J'avais mes potes sur le terrain et pour cela, je n'ai jamais répondu aux sollicitations d'autres clubs. Et puis ce fut un rêve dès mon arrivée avec la finale cadet, puis la finale Reichel et le titre en 1989 avec les Codorniou, Charvet et Bonneval que j'admirais à l'époque. Ensuite, j'ai fait la finale Reichel en 1990 et celle de 1991 perdue contre Bègles. Cinq finales en cinq ans… J'ai eu la chance de connaître beaucoup de choses, beaucoup de pays.

Quel est votre meilleur souvenir ?

C'est la tournée 1996 avec l'équipe de France en Argentine où j'ai rencontré mon épouse. Et la finale contre Brive la même année. Je me souviens que le lundi, on m'avait demandé quel était mon plus bel essai de la saison, et j'ai répondu spontanément : celui que je vais marquer samedi (Il marque le seul essai toulousain de la finale face à Brive, sur une passe au pied de Christophe Deylaud, N.D.L.R.).

Vous avez aussi remporté la première Coupe d'Europe en 1996…

Oui, même s'il faut comparer ce qui est comparable. Il n'y avait pas les clubs anglais à l'époque et la finale se jouait en janvier, ce qui nous a permis de faire le doublé. Pour l'anecdote, je me souviens d'un déplacement à Bucarest, où les journaux roumains avaient mis l'écusson du TFC et parlaient de Jean-Pierre Rives et Jean-Claude Skréla. C'était assez… folklorique.

Quel regard portez-vous sur votre sport aujourd'hui ?

Je garde un œil assez lointain. Par exemple, pour la demi-finale de H Cup je suis allé me promener en famille dans la forêt de Bouconne pour profiter du beau temps. Je conserve quand même des contacts avec les joueurs pour le bien de l'association. Je me suis coupé du monde pendant trois ans quand j'ai appris que j'avais la sclérose en plaque. Cela m'a fait beaucoup de bien de remettre le pied dans le monde du rugby.

Comment vous a-t-on diagnostiqué votre sclérose en plaque ?

Cela a commencé lors d'un match à Cardiff avec la France en 1996. Dans la semaine précédant la rencontre, j'ai eu un souci à l'œil, je n'y voyais plus rien. Je n'ai rien dit parce que je voulais jouer. Sur la première chandelle, je vais au ballon, mais il retombe cinq mètres devant moi. Là, j'ai compris qu'il y avait un problème. Au bout de trois mois, c'est parti comme c'était venu. À partir de la saison 1997-1998, j'ai commencé à ressentir de la fatigue, je suis passé de la Ferrari à la 2 CV, et je n'ai pas joué de la saison. Comme à Brive, où j'ai eu déchirure sur déchirure. En arrivant à Montauban, je me suis blessé au ligament croisé postérieur. Je serrais les dents, mais ça n'allait pas. Je suis allé à Blagnac, mais en 2002, je souffrais toujours. Ma femme m'a conseillé d'aller voir un médecin qui m'a orienté vers un neurologue. Quelques jours plus tard je lis un article dans La Dépêche sur la sclérose en plaques et je me reconnais plusieurs symptomes. Puis le verdict est tombé.

Comment avez-vous réagi ?

Pendant quelques secondes, j'étais soulagé. Je pouvais enfin mettre un nom sur ce qui me faisait souffrir. Et puis très vite, je me suis vu en fauteuil roulant, dépendant de ma famille.

Aujourd'hui quel est votre ressenti par rapport à la maladie ?

On a tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête, pour moi elle est un peu plus proche. Je veux profiter de tous les instants de la vie, de mes filles et de ma femme. Je privilégie ma vie familiale. Côté traitement c'est simple : une piqûre tous les deux jours.

Quels sont les symptômes principaux ?

Ce peut être des problèmes cognitifs, d'équilibre, de motricité. C'est une maladie complexe. L'image que je prends souvent c'est que le cerveau est comme une compteur électrique dont tous les fils ne seraient pas connectés. Les ordres n'arrivent pas au cerveau, ou un peu tard, ou bien des ordres partent sans qu'on le veuille.

Que faites-vous à présent dans la vie ?

Je suis employé à mi-temps au Crédit Agricole et j'occupe un poste de mécénat de compétence. A part ça je me démène pour l'association. Opération avec le Rotary Club, baptêmes de Ferrari, tournois d'anciens… Le mois de mai est chargé. En ce moment on est en pleine prise de vue au studio Cousin pour le calendrier 2012 du XV de France vendu au profit de l'AFSEP. On sera présents à la demi-finale le 27 mai et à la fête du rugby le 4 juin

Il y a eu aussi le coup d'envoi du match France/Pays de Galle le 19 mars…

J'étais très impressionné de fouler la pelouse du Stade de France. Moi je n'ai connu que le Parc des Princes. Melvin, un petit de 13 ans atteint par la maladie qui m'accompagnait, tremblait de trac. Je l'ai rassuré et ça m'a permis de ne pas trop penser à ma propre frousse. J'étais content car cette fois-ci on nous a bien vus à la télé, c'est une bonne pub pour l'asso.

Ce côté battant au grand cœur, c'est le rugby ?

Sans doute. ça existe la solidarité sur le terrain. Le n°1 a besoin du n° 15 et le n° 15 du n° 1.

Où en est la recherche sur la sclérose en plaques ?

Moi je reste très prudent, car le traitement universel n'existe pas. Pour l'instant on ne sait que freiner la maladie. Ici au CHU de Toulouse on a de grands spécialistes, les professeurs David Brassat et Michel Clanet, qui sont parmi les pontes français dans ce domaine de la sclérose en plaques.

À quoi servent les fonds collectés par l'AFSEP ?

Il y a plusieurs associations qui œuvrent contre cette maladie. Notre mission à nous est l'aide aux malades et à leurs familles. Cinq centres de soins, dont deux à Rieux-Volvestre ont été créés, cela représente 500 lits, mais il en manque 3 000. Il faudrait aussi des centres spécialisés pour des malades dépendants. On va créer un village de repos pour les familles. C'est important qu'il y ait des relais pour soulager l'entourage.

Recueilli par Denis Peignier et Sylvie Roux.


> Sa maladie

Le nom de David Berty parle aux supporters du Stade Toulousain. Ce jeune père de famille de 40 ans a connu un début de carrière fulgurant dans l'équipe toulousaine. Il avait à peine 19 ans en 1989 lors de la finale contre Toulon marquée par un essai, «inoubliable» selon un de nos journalistes sportifs, de Denis Charvet. « Le jeune ailier allait à une vitesse phénoménale », se souvient encore ce supporter. Trois fois champion de France (1989, 94 à 97), champion d'europe 1996, six sélections avec le XV de France, 12 ans au Stade Toulousain (1986 à 1998)... Jusqu'où serait allé la carrière rugbystique de David Berty si un adversaire inattendu ne s'était invité sur le terrain : la sclérose en plaques. Cette maladie mystérieuse a attrapé le jeune homme au vol il y a 12 ans. La première réaction du sportif fut de se faire oublier, pendant trois ans. Puis son mental de battant a repris le dessus. David Berty s'est lancé à fond dans la bagarre contre la maladie. Il est le parrain de l'AFSEP, association française des sclérosés en plaques, association nationale fondée en 1962 à Rieux-Volvestre.


> Son engagement

Né le 11 juin 1970 à Toulouse, David Berty débute le rugby à Saint-Jory à l'âge de six ans, avant de rejoindre la section sport-étude de Jolimont en cadet. En 1986, le trois-quart aile arrive au Stade Toulousain. Il s'impose dans l'équipe première lors en 1989, année où il remporte son premier Brennus. Suivent une finale perdue face à Bègles en 1991 et 4 titres consécutifs entre 1994 et 1997. Il faut y ajouter la première Coupe d'Europe en 1996 et deux challenges Yves du Manoir. Ses premiers soucis de santé se produisent la saison 1997-1998, à l'issue de laquelle il rejoint Brive, puis Montauban et Blagnac avant de mettre un terme à sa carrière en 2001. Sa maladie lui est diagnostiquée en 2002. En 2007, il rejoint l'association française pour les sclérosés en plaque dont il est toujours le parrain. Employé au Crédit Agricole, il est marié et père de deux filles."

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