Roger Châtelain, jeune vidéaste face à la SEP

Publié le par Handi@dy

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Saint-Imier Réalisateur de courts métrages, Roger Châtelain, 36 ans, est atteint de sclérose en plaques. Son amour de la vie et des voyages demeure toutefois intact

«J’avais vraiment envie d’y aller, et je suis parti un peu à l’arrache. La vie est courte; il fallait que je me rende compte, que je vois la différence avec avant... Parce que maintenant, je vois en fait les choses en contre-plongée puisque je suis en chaise roulante...» Pivotant sur son fauteuil, Roger Châtelain s’épanche sur les motifs d’un départ précipité. A peine rentré d’une semaine à NewYork, l’Imérien a retrouvé son chez-lui, serein. Il a enfin revu la grouillante métropole, Manhattan... Il démarre 2010 en ayant accompli un objectif décisif: revoir la ville où il a résidé durant près de 5 ans, et surtout appris le métier de vidéaste.
Court-circuit...
Atteint de sclérose en plaques depuis 2000, Roger Chatelain réalise des courts et des micrométrages. «J’écris des scénarios. On les tourne ensuite avec des potes puis on les met sur You Tube.» Tout en rédigeant des critiques de films pour le distributeur Trigon, l’Imérien vit de sa passion, s’accroche; malgré une maladie évolutive, sournoise. «Au début, je ne savais pas du tout ce que c’était. Je ne savais pas les effets dévastateurs que ça pouvait avoir.» Certains évoquent l’image d’une souris diabolique, acharnée sur la gaine de myéline humaine au point de tout court-circuiter. Une personnification du mal que lui-même approuve totalement: «C’est vrai que c’est bien résumé... C’est vraiment une maladie neurologique. » La vilaine souris a sévi, sans pour autant ronger les élans de l’inventif Imérien. Son cursus de vie détiendrait même la trame d’un long métrage. Né en Zambie d’une mère autochtone et d’un père suisse, Roger enfant passe d’emblée des plaines australes au vallon de Saint-Imier. Il y fera toutes ses classes, puis une formation d’employé de banque. Contre toute attente: «Ma grand-mère m’avait dit vas-y, essaye... J’ai eu mon CFC, mais c’était pas du tout mon truc!»
Pigeon voyageur
Entre des jobs épisodiques, intermittents, Roger économise, voyage beaucoup. «J’étais comme mon père, ça me demandait. » Il redécouvre ainsi l’Afrique. Sa Zambie natale comme le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Il quadrille ensuite l’Europe côté Nord: Amsterdam, Londres, Manchester et Liverpool. «J’ai traversé toute l’Angleterre, jusqu’à l’extrême Nord de l’Ecosse.»
Uni publique
En 1997, il prend une décision importante. Il part étudier la mise en scène aux Etats-Unis. Une fois à New York, il suit des cours journaliers dans une université publique: la BMCC (Borough of Manhattan Community College).Dans le milieu, il croisera des metteurs en scène tels que Spike Lee ou Mark Clayborne, l’acteur Kevin Bacon, notamment, ainsi que la chanteuse Tori Amos. «J’ai aussi rencontré plein de personnes pas connues mais incroyables. Des gens un peu comme moi; prêts à mourir pour pouvoir réaliser des films.»
Comme un bug...
«Je voyais soudain moins bien, et je me rendais compte que des tas de trucs jouaient pas. Puis du jour au lendemain, je n’ai plus pu bouger les jambes..» Suite à une hospitalisation et des traitements de fonds, Roger recouvre par chance sa mobilité. Il rentre momentanément en Suisse. Alors qu’il compte n’y rester qu’un laps de temps, il tombe amoureux, se marie, devient papa. Et même si son ménage capote, il ne retournera pas à Manhattan. «C’était censé être juste un break, mais ça a finalement duré neuf ans.»
Entre potes
Redevenu citoyen de l’Erguël, Roger a su replonger dans la magie New Yorkaise, bien que tributaire d’une chaise roulante. Son état de santé reste toutefois improbable: «J’ai peutêtre fait des boulettes. C’est vrai que je me suis beaucoup tourné vers les médecines alternatives, et j’aurais peut-être du continuer de prendre des trucs chimiques qui stoppent? Mais il ne faut pas non plus que je m’en rende coupable. Si c’était à refaire, je ferais exactement la même chose.» Reste que le prochain week-end s’annonce festif pour le revenant. Histoire de partager ce petit séjour, il passera le samedi soir avec son frère David et ses meilleurs potes.

Par Salomé Di Nuccio"

archebdo.ch

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