Professeur Jaillon - « Les essais cliniques sont une compétition mondiale »

Publié le par Handi@dy

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Patrice Jaillon est chef du service pharmacologie du CHU Saint-Antoine et président du Centre national de gestion des produits de santé (CenGEPS). Il décrypte pour France-Soir l'enjeux de cette campagne sur les essais cliniques pour la recherche française.

France-Soir : Le CenGEPS lance une campagne pour recruter des volontaires pour des essais cliniques. En quoi consiste-t-elle ?
Professeur Patrice Jaillon : Nous lançons aujourd'hui un site internet qui s'adresse en premier lieu aux malades. Notre objectif : les informer et les orienter vers des essais, en fonction de leur maladie et de leur lieu d'habitation.

Le nombre de volontaires a sensiblement baissé en dix ans. Pourquoi ?
C'est d'abord lié à la compétition mondiale qui existe entre les pays pour attirer les essais cliniques sur leur sol. Dans l'Est, de l'Europe de l'est à l'Asie, les patients sont très demandeurs car c'est un moyen pour eux d'être bien soignés. En France en revanche, les malades n'en ressentent pas la nécessité car ils sont déjà – et heureusement – très bien pris en charge. Deuxième élément : les médecins français sont surchargés de travail. Hors, organiser des essais cliniques demande d'avoir du temps et de pouvoir s'organiser. Enfin, c'est le côté un peu gaulois des Français : ils savent que les essais existent mais ils se disent « autant que ce soit les autres qui les fassent »...

Quelles seront les conséquences, à moyen terme, si les patients volontaires ne sont pas plus nombreux ?
Il est essentiel que la France soit capable de maintenir des essais cliniques pour rester scientifiquement très développée. Pour avoir des médicaments plus tôt, d'abord. Pour que les médecins puissent publier de grands articles dans les revues et ainsi que nos universités soit bien classées. Il n'y a que comme ça que les laboratoires pharmaceutiques continueront à travailler avec des médecins français... Sans compter que, derrière, il y a les centres de recherche qui concentrent des milliers d'emplois.

Y a-t-il des domaines de recherche dans lesquels les besoins en volontaires sont plus importants ? 
Un des domaines pour lequel c'est le plus difficile est le diabète, la grande épidémie du 21e siècle. Car les patients sont déjà bien soignés. Nous avons également besoin de volontaires pour les essais sur les maladies neurologiques, telles que la sclérose en plaques, la maladie de Charcot ou Alzeimer. Dans ce dernier cas, les besoins sont très importants car la recherche démarre en France.

La crainte des effets indésirables est-elle un frein ?
Ce n'est pas le moteur principal du désenchantement. Les essais se font en toute confiance avec un médecin. Certes, on sait qu'il y a un potentiel bénéfices/risques mais ce n'est pas là le principal problème.

Qu'en est-il du recrutement des volontaires sains ?
Ils se trouvent plus facilement. Généralement, ce sont des étudiants qui ont pour motivation de gagner un peu d'argent en peu de temps. Ils sont indemnisés, au maximum à hauteur de 4500 euros par an. Il est en revanche plus difficile de trouver des sujets témoins sur des groupes spécifiques. Lorsqu'il faut, par exemple, trouver des groupes pour comparer des hommes âgés de 50/55 ans. Dans ce cas, nous faisons passer des annonces dans les journaux et en général, ça fonctionne.

De combien de volontaires avez-vous besoin ?
C'est difficile à quantifier. Au-delà du nombre, ce qui est important, c'est la vitesse du recrutement. Nous sommes vraiment dans un contexte de compétition internationale. Si la France ne réagit pas tout de suite sur un essai, six mois plus tard, la Hongrie, par exemple, aura pris le relai...

Les essais sur les enfants sont-ils possibles ?
Les nouvelles formulations à usage pédiatrique sont obligatoirement testées au préalable mais jamais sur des volontaires sains. Pour qu'un enfant puisse y participer, il faut l'
accord de ses deux parents mais aussi de l'enfant s'il a atteint l'âge de raison. S'il refuse, on ne procède pas à l'essai sur lui."

francesoir.fr/

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