MDPH: Alain Cocq : "Ma vie vaut moins que celle d'un animal"

Publié le par Handi@dy

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par Jérémie Lorand | dijOnscOpe |

Le 3 février prochain, Alain Cocq fêtera un triste anniversaire : il aura alors passé exactement 23 ans de sa vie en étant valide et 23 autres cloué dans un fauteuil roulant. Face à des autorités qu'il qualifie d'"autistes", il est même allé jusqu'à demander l'euthanasie au président de la République. Sans réponse. Au-dessus de la porte de son appartement, une pancarte rouge sur laquelle est inscrit : "Qui & que sommes-nous ?". Aujourd'hui, se réclamant utopiste, il considère que mêmes les animaux ont plus de droit que les handicapés…

(Sur)vivre avec le syndrome de Malan

Alain Cocq a 23 ans quand il glisse dans un escalier verglacé. Le genou déboité, il ne se rend compte, qu'un mois plus tard qu'une artère est coincée dans celui-ci. La jambe paralysée, les chirurgiens tentent une arthroscopie : deux heures après, sa jambe est noire. D'un banal accident du travail, il souffre aujourd'hui d'ischémie vasculaire (occultation des artères) et est reconnu comme étant handicapé à 95 % par la Cotorep (Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel). Aujourd'hui, ces ischémies se généralisent : après la perte totale du contrôle de ses membres inférieurs, l'irrigation du cerveau n'est par moment plus assurée, ces ischémies devenant cérébrales. Celles-ci engendrent des crises de spasmes, des pertes d'autonomie ou de préhension : c'est le syndrome de Malan, une maladie orpheline dont il est le second cas avéré et reconnu. Totalement dépendant, il affirme "payer pour la démission de la collectivité : le Conseil Général de Côte d'Or".

Depuis 2005, la loi 2005-102 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, transfère au Conseil Général la compétence de la prise en charge des personnes handicapées au titre de l'action sociale. Une loi "humainement défendable et plausible mais qui techniquement, pose pas mal de soucis", avoue son mandataire, Jean-Baptiste Bouhey. Les dossiers doivent alors être ré-instruits. A cette date, Alain Cocq se voit attribuer une aide de 180h en raison de son handicap mais n'avait pas demandé d'adaptation de son logement, un déménagement étant imminent. Un an et demi plus tard, installé à quelques mètres de là, dans un appartement toujours au cœur des Grésilles, où il dit avoir vu grandir tous les jeunes, il se voit confronté à un problème majeur : impossible pour lui de se rendre dans la salle de bain, la porte n'étant pas assez large et la baignoire étant pour lui impraticable... Afin d'adapter son logement (nouveau sol, agrandissement de la porte, aménagement d'une douche de plein pied, pose de matériel adapté), il effectue une seconde demande, pour obtenir un complément à son plan de compensation. Le début d'une véritable croisade, d'un parcours du combattant avec à la source un médecin généraliste de Dijon.

Son handicap pour entreprise

En effet, c'est elle qui a choisi, de son propre chef, de réviser le dossier d'Alain Cocq alors que les seules personnes habilitées à effectuer cette demande sont le patient lui-même ou le président du Conseil Général. 85% de ces aides lui seront amputées et le logement ne sera pas adapté. Le problème, c'est que depuis 2 ans, il attend cette lettre de François Sauvadet, ce qui n'empêche pas que la "décision de revoir ce qui a été octroyé est validée". C'est une "violation" dénonce ainsi Jean-Baptiste Bouhey, qui explique que la réforme ne s'accompagne pas de la redistribution nécessaire, les collectivités revoient donc leurs critères financiers à la baisse. De plus, elle ne prend plus en charge réellement la personne mais se contente de compenser la somme engagée par l'individu : "Aujourd'hui, explique ainsi Alain Cocq, je suis en quelque sorte auto-entrepreneur et les raisons sociales de mon entreprise pourraient être mon handicap et mon corps". Il est donc pénalement et civilement responsable des aides extérieures qui sont effectuées chez lui.

C'est son corps qui parle pas la volonté

A ce moment, tout en perdant des ressources, il embauche Kévin comme auxiliaire de vie. Présent de 14h à 20h, le code du travail lui interdirait, en principe, de préparer à manger, mais pas de lui servir son repas... "Pour habiller Alain, il faudrait un contrat ; pour le ménage, il en faudrait un autre. Or aujourd'hui, je fais tout", explique Kévin. Une situation qui, d'un point de vue juridique, aussi aberrant que cela puisse paraitre, est purement illégale. Pour sa dernière visite, dont l'enregistrement est à écouter ci-dessous, le Docteur est revenu sur une décision de cour d'appel prise il y a 20 ans. Selon elle, Alain Cocq ne serait pas handicapé mais juste malade mental... Elle ira même jusqu'à sous-entendre qu'il n'a pas besoin d'être dans un fauteuil roulant, qu'il ne s'agit en cet acte que d'un fantasme. Or aujourd'hui, la COTOREP considère bien Alain Cocq comme handicapé à 95% et le CHU de Dijon a explicitement affirmé qu'il ne souffrait d'aucun trouble psychologique ni de dépression. Ce même CHU, qui se déclare même incompétent dans le traitement de son syndrome. Alain Cocq est évacué à 4 reprises par le SAMU entre le 9 et le 21 décembre, pas moins de 3 infirmiers auront été nécessaire pour l'immobiliser : "Je peux vous affirmer, ajoute Jean-Baptiste, qu'à ce niveau, ce n'est pas de la comédie ; son corps est totalement incontrôlable. C'est le corps qui parle et non la volonté."

Vivre comme si c'était son dernier jour

A la merci de n'importe quoi, Alain avoue se demander chaque soir s'il se réveillera le lendemain. En 2006, un médecin des anciens combattants lui conseille de "prendre une petite amie handicapée pour ne pas se sentir seul la nuit en cas de problème". Un choc de plus pour celui qui a à son actif déjà un tour d'Europe et un tour de France en fauteuil roulant. Le militant associatif et politique s'est ainsi retrouvé seul au moment des fêtes. "Alain m'a demandé de partir, nous explique Kévin, mais ce fut un stress permanent. Quand je suis revenu le 4 janvier, c'était presque un taudis, il n'avait pas mangé, quasiment pas bougé de son lit". Alors, Jean-Baptiste se pose cette question : "Comment un médecin qui n'est pas habilité à tenir ce rôle peut-elle exercer un pouvoir au nom de la collectivité ?". Dans l'expectative, l'homme vit aujourd'hui comme si son dernier jour arrivait prochainement. Chaque jour, la maladie le ronge un peu plus

Des autorités autistes

Alors l'euthanasie, bien entendu il y a pensé. Mais plutôt pour faire réagir. Le 26 décembre dernier, il envoyait une nouvelle lettre au président de la République, Nicolas Sarkozy. "Aujourd'hui je ne suis ni mort ni vivant : Mes droits de citoyen me sont refusés mais je vote. Je demande donc juste à clarifier la situation : mourir ou rester en vie". Un président "réputé informé par deux fois" mais qui reste sans réaction : "une atteinte à l'intégrité de la nation" selon lui. Le péril aujourd'hui avéré se pourrait bien être réalisé d'ici quelques temps ... Et elle est longue la liste des personnes qui pourrait être inculpées de mise en danger de la vie d'une personne en grande faiblesse : Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité, François Sauvadet et Louis de Broissia, présidents du conseil général, Christian de Lavernée, préfet de région ou encore l'ancien procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Alacchi, connu pour ses sorties périlleuses, notamment sur l'affaire Chantal Sébire... Autant de personnes qui ont été sollicitées, qui ont reçu des lettres, fax, mails sans pour autant que la situation n'évolue.

Un sous-citoyen

Depuis la fenêtre de sa chambre, se dresse pour encore quelques jours la tour Paul Bur. Cette dernière devrait disparaitre le 19 février au matin. A quelques mètres seulement de la barre, il ne peut quitter le périmètre de sécurité en temps et en heure. Notre entretien sera coupé, pour une bonne nouvelle cette fois ci : deux agents de la ville. Ils proposent un logement adapté, avec la possibilité de recevoir son chien pour la journée ainsi que le transport qui va avec. "Il aura fallu que la Ville se substitue au conseil général" commente le principal concerné. "Ça devient inadmissible, nous sommes des sous-citoyens, nous avons moins de droits que des animaux pour qui le déclenchement d'une procédure d'urgence met quelques jours ..."

Sa maladie ne préviendra pas. Aussi, se dit-il utopiste : "Je me bats pour qu'on replace l'être humain au centre de la société. C'est un combat utopiste mais sans utopie, il n'y a pas d'humanité et donc pas de rêve"."
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jo 30/01/2010 23:29


"Ça devient inadmissible, nous sommes des sous-citoyens, nous avons moins de droits que des
animaux pour qui le déclenchement d'une procédure d'urgence met quelques jours ..."

Sa maladie ne préviendra pas. Aussi, se dit-il utopiste : "Je me bats pour qu'on replace
l'être humain au centre de la société. C'est un combat utopiste mais sans utopie, il n'y a pas d'humanité et donc pas de rêve"."


je trouve qu qd on sait le martyr animal, pour le plaisir de sa majesté l'homme, cette
remarque est deplacée.



Handi@dy 02/02/2010 19:26


Jo, je ne pense pas que la personne dont il est question viendra sur son blog ou lira ton com! :0010:


jo 30/01/2010 23:27


de plus, je vois un chien qui snas doute doit avoir été dressé pour le servir.
ëtes vous certain qu'il ait plus de droit que vous? celui de vous aider? Estce que c'est son choix au depart? Je sias qu'ensuite, ils sont si plein d'amour qu'ils le font pour leur maitre.


Handi@dy 02/02/2010 19:25


Jo, je ne pense pas que la personne dont il est question viendra sur son blog ou lira ton com! :0010:


jo 30/01/2010 23:24


Monsieur, quelque soit votre handicap et votre souffrance, à laquelle sachez que je compatis sincerement, je ne peux imaginer que mes semblables soient autant dans le leurre. Comment peut-on dire
ceci:
"Ça devient inadmissible, nous sommes des sous-citoyens, nous avons moins de droits que des
animaux pour qui le déclenchement d'une procédure d'urgence met quelques jours ..."

Sa maladie ne préviendra pas. Aussi, se dit-il utopiste : "Je me bats pour qu'on replace
l'être humain au centre de la société. C'est un combat utopiste mais sans utopie, il n'y a pas d'humanité et donc pas de rêve"."


mais notre monde est anthropocentriste. Les animaux sont massacrés après avoir été r torturés
pour sa majesté l'homme. Informez vous avant de parler ainsi de victimes. savez vous que rien que pour la bouffe des carnivores humains, qui helas sont majoritaires, il ya chaque heure autant de
morts que la shoah ? 6 millions par heure?


Je me bats pour que l'humain sache quilts pa sle centre du monde et que les autres vivants ne
sont pas là juste pour le serveur.

Ce qui ne m'empêche pas de défendre avec vous vos droits.Simplement, il faut aussi savoir de quoi on cause.



Handi@dy 02/02/2010 19:25


Jo, je ne pense pas que la personne dont il est question viendra sur son blog ou lira ton com! Je suis d'accord avec toi, ceci dit! :0010:


bunny le chti 30/01/2010 11:22


salut
une handicapé n'est pas un sous citoyen
La preuve c'est qu'il a un bulletin de vote comme tout le monde
C'est comme les retraités qui ne servent plus à rien d'après les jeunes
Mais on a aussi un bulletin de vote
Si tous ceux qui ne servent à rien créaient un parti je pense qu'on gagnerait un paquet de sièges à l'assemblée nationale alors il faut que les hommes qui commandent ce pays pensent un peu et même
un peu plus à ceux qui ne servent à rien
Bon week end


Handi@dy 02/02/2010 19:23


Bon plan! :0010: