Lucile Bigot, trente ans de mandat sans jamais faire de politique

Publié le par Handi@dy

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dimanche 17.10.2010, 05:13  - PAR VALÉRY DUHAUT

 Lucile Bigot, 79 ans, ne sera plus conseillère générale en mars prochain. Lucile Bigot, 79 ans, ne sera plus conseillère générale en mars prochain.

| LE VISAGE DU DIMANCHE |

En mars prochain, Lucile Bigot abandonnera son mandat de conseillère générale du canton d'Étaples qu'elle tient depuis trente ans. Portrait d'une femme de caractère, pas politique pour deux sous, et qui a toujours su rebondir après les étapes difficiles de sa vie.

 

Dans le milieu politique étaplois, ce sera un événement. Aux prochaines élections cantonales, il n'y aura pas de Bigot (sauf surprise) parmi les candidats. Ça fait plus de cinquante ans que ça n'est pas arrivé. Lucile, Jean et avant lui son père Joseph ont tour à tour été conseillers généraux (voir ci-dessous). Cette fois, l'élue sortante ne se représentera plus. À 79 ans, elle a décidé de passer la main.

Au bout de trente ans de mandat, elle donne l'impression de ne pas avoir changé. Rieuse, dynamique, la petite dame se différencie de la plupart des élus. Ce qu'elle reconnaît sans gêne : « Je fais plein de gaffes. Mais le jeu politique, les manoeuvres, les petites phrases, ce n'est pas mon truc.

On m'a souvent traitée de naïve. Mais en fait, je pense toujours que les choses sont possibles. »

Un optimisme hélas nourri par les moments difficiles qu'elle a traversés. La mort d'un de ses garçons d'une leucémie à l'âge de 5 ans, celle de son mari, la fermeture de l'entreprise et le licenciement de trois salariés et, plus récemment, le décès d'un de ses petits-enfants. « Souvent, ces malheurs sont arrivés au moment de Pâques. Que je redoute cette période ! Et pourtant, chaque fois, un événement positif est arrivé pour nous relancer. » Lucile Bigot a rempli ses mandats en s'appuyant sur ce vécu. Il lui a fallu s'accrocher pour comprendre les dossiers départementaux. « André Fréville, le maire d'Hesdin, président de la quatrième commission dont je faisais partie, m'a beaucoup aidée. » À l'échelon local, la conseillère générale s'est efforcée d'avoir « un rôle de relais entre ce qui se vit sur le terrain et ce qui se décide en plus haut lieu ». Recevoir les gens comme le faisait son mari en son temps, les aider quand elle pouvait, les bousculer un peu quand ça s'avérait nécessaire.

La conseillère générale s'est voulue sincère. C'est un peu pour cela qu'elle s'est positionnée au centre. « Mon désir a été de travailler avec tout le monde. » Avec la gauche que cette native des mines (Loos-en-Gohelle) connaît bien et la droite qui l'élisait à Étaples, Lucile Bigot a toujours été à l'aise. Comme elle l'est avec la génération qui la suit. Sa fille est élue avec les Verts au conseil municipal de Boulogne et son neveu (Jean-François Caron), écologiste lui aussi, est maire de Loos-en-Gohelle et conseiller régional.

La conseillère générale est restée simple et ouverte. « En 1963, je me souviens que lorsque mon mari s'était présenté aux élections, je lui avais dit que j'avais l'impression qu'il me trompait, qu'il n'était pas fidèle à notre engagement de rester nous-mêmes. Il m'avait répondu qu'il ne changerait pas et que je l'aiderai en cela. » Les événements ont bousculé bien des choses. Mais cette promesse-là, en quelque sorte, ils l'ont tenue. •

 

 

Le jour où elle se présenta au conseil général
Le jour où elle se présenta au conseil général

C'est un événement malheureux qui a propulsé Lucile Bigot conseillère générale d'Étaples, en l'occurrence le décès de son mari. On est en 1981. Jean Bigot est l'élu cantonal depuis 1963 et maire de la ville depuis 1968. Il est ébéniste, marié à Lucile avec qui il a eu cinq enfants (un est mort à l'âge de 5 ans). Le premier magistrat souffre de la sclérose en plaque depuis plusieurs années. La maladie s'aggrave. Il décède le 5 mai 1981.
Lucile Bigot se retrouve veuve à l'âge de 49 ans, avec une ébénisterie de trois employés. Son dernier enfant a 12 ans. Elle ne connaît rien au travail du bois, rien en politique. « Simplement, j'accompagnais mon mari à la fin de sa vie, parce qu'il ne parvenait plus à se déplacer seul. »

Malgré elle, elle se retrouve candidate  aux élections cantonales pour remplacer son mari. « Les maires du canton sont venus me demander de me présenter. Il y a des moments où on a l'impression que les événements décident pour vous. J'avais tous sur les bras, les enfants ne comprenaient pas pourquoi je voulais être candidate. »

On est en 1981. Mitterrand vient d'être élu président de la République. Pierre Mauroy est devenu Premier ministre. Et à Étaples, lors des municipales partielles, la gauche fait son entrée au conseil. « C'était
la vague rose. Les gens du secteur étaient appelés à voter pour la septième fois en quelques mois. C'était perdu d'avance. »

Maman et chef d'entreprise, Lucile Bigot ne s'occupe pas de la campagne. Ce sont les maires qui s'en chargent. « Ils ont fait passer un papier avec mon nom. » Stupeur. Elle est élue au premier tour !
Et ce sera le cas à de nombreuses reprises lors des élections suivantes. Jean-Bernard Delattre, Marcel Guerville, Jean-Bernard Cyffers : tous les socialistes étaplois se casseront les dents. Même Daniel
Vamdembroucq en 1992, alors que le canton vient de se voir amputer des villes de droite que sont Cucq et Le Touquet. Mis bout à bout, et si on peut le dire ainsi, le couple Bigot a été conseiller général pendant 48 ans.

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