Abus, inceste, je suis marquée. Mais ça va.

Publié le par Handi@dy


Assez tergiversé! Assez tourné autour du pot! Il est grand temps que j'inaugure cette catégorie créée depuis le commencement de ce blog.
Il faut dire que, quand on fréquente un psy, on ne voit pas de suite la nécessité d'aller re-poser ses mots sur un blog! Et puis, si, finalement!
Sur le blog, je fais l'"entre-psy", comme il y a l'après-ski! En sandwich entre deux séances, il y a cette semaine où se bousculent les pensées émises chez ce cher Dr., tout cela mijote, macère, marine... On cogite, on s'angoisse, on se désangoisse, on avance, on recule, et on arrive à la séance suivante avec un nouveau paquetage. Les "entre-psy" sont aussi importantes que le "divan" en direct live, puisqu'elles correspondent à notre travail personnel, nos "devoirs à la maison" en quelque sorte. Riche d'une séance supplémentaire, on la mastique tel un chewing-gum, on la digère finalement, et puis on progresse... ou pas!
Je vous livrerai donc ici mes "entre-psy" (et non mes entrechats, je n'en ai jamais été capable huhu!), les pérégrinations de mon âme...

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Autre innovation, je prends mon courage à deux mains pour livrer, pour la première fois sur un blog, un peu de mon histoire personnelle passée. Le sujet est difficile et douloureux, mais nécessaire. En créant ce blog, je souhaitais crever des abcès dus essentiellement à ma sclérose en plaques. Eh bien, il y en a d'autres... Témoignages utiles, j'espère, et s'ils vous paraissent impudiques, sachez que c'est grâce au récit d'autres concernés avant moi que je libère ici, ma parole, mais aussi chez mon psy.

Dans ma toute petite enfance, entre 3 et 8 ans à peu près, j'ai été victime d'abus sexuels (pas de viol, nuance, mais les faits étaient très graves malgré tout), incestueux, de la part d'un membre très proche de ma famille. (il ne s'agit pas de mon père. Je ne dirai rien de plus sur l'identité de ce sal***, car dans notre pays, si l'on ne porte pas plainte contre son agresseur avant l'âge de 30 ans, c'est fini, il y a prescription, plus de recours légal, et c'est LUI qui peut, si vous divulguez les faits, vous attaquer en justice pour diffamation! J'explique plus loin pourquoi je n'ai pas pu porter plainte dans les délais légaux.)
Ne vous angoissez pas, cet épisode de mon passé est une page tournée pour moi, même si j'en porte les séquelles. Les faits: mon agresseur utlise la force et le chantage. Il est adulte, a une fiancée, une femme-enfant. Ce qui fait penser qu'il a des tendances pédophiles. (Ce n'est qu'en 1998, avec l'apparition de ma SEP et la naissance d'enfants dans la famille que je parlerai, pour protéger ces petits de cet être ignoble, au cas où. A ce jour, je sais qu'il a essayé d'abuser de cousines à moi, d'amies, d'une voisine... Mais il n'y a qu'avec moi qu'il est allé vraiment trop loin, car j'étais à sa merci régulièrement, entre quatre murs, laissée à sa garde supposée bienveillante. A moins que sa propre fille ait été, plus tard, sa victime, ce qui n'est pas impossible, vu le fait que celle-ci a été en guerre avec lui pendant toute sa puberté. Mais elle était protégée, soutenue, éduquée, par sa mère et par...moi!)
Lorsque je suis abusée, je ne suis qu'une toute petite fille, je vis ces moments monstrueux comme des cauchemars brumeux, je les refoule au plus profond de moi-même, je les annule, pour pouvoir survivre. La gamine grande et maigrichonne que je suis alors, éveillée et précoce, toujours en train de rire, s'éteint petit à petit et se balance sur sa chaise contre la poignée de la porte de la cuisine, jusqu'à se blesser...Mes parents, âgés, malades, ne voient rien. Prennent mon introversion pour ma réaction à mon entrée à l'école où je suis brillante et très en avance. Ils mourront sans savoir. Ma mère un jour, jauge mon agresseur: "X est bizarre! Tu as vu sa fiancée, elle a un physique d'enfant . A croire qu'il aime les femmes-enfants, faites comme de petites filles...".
Parallèlement, ma mère me disait à table:"Mange, finis ton assiette, pour devenir grande et forte!" (à l'époque je mangeais très lentement et ne finissais jamais, trop occupée à écouter les adultes à table, à rêvasser aussi).

La psychanalyse m'a permis de démonter l'infernal mécanisme qui s'est alors mis en place:
Les deux remarques de ma mère se superposant dans mon esprit, inconsciemment, mon petit moi intérieur a décodé à sa manière: "X aime les corps de petite fille. C'est pour cela qu'il te fait ces choses horribles. Pour ne plus lui plaire et pour que cessent ces horreurs, il faudrait avoir un corps de grande fille, de femme. Etre adulte, grandir vite, pour qu'il soit dégoûté, et pour que je puisse me défendre. Or, maman a dit que, pour grandir et être forte, il me faut finir mon assiette. Je vais donc le faire et même, par précaution, reprendre de chaque plat. Ainsi, je serai à l'abri. Je serai sauvée."

Et le jour est arrivé où, à la stupéfaction de ma mère, j'ai fini mon assiette et me suis resservie. J'étais maigre et très pâle malgré les jus de fruits multivitaminés qu'on me faisait prendre, malgré ma sportivité de l'époque, malgré le fait que je passais beaucoup de temps dehors, au bon air... Ma mère était donc ravie. Outre des couleurs sur les joues, voilà que je me suis mise à prendre des kilos. Mon métabolisme a changé, j'éliminais plus rarement, je stockais. Je me fabriquais une carcasse de poids, un bouclier de chair.
Rudement efficace, la ruse de mon inconscient! La prise de poids fut conséquente. Et puis inquiétante, dramatique. Plus rien ne l'a arrêtée. Ce qui s'est arrêté, en revanche, c'est l'abus sexuel. Mon inconscient avait vu juste: je ne tentais plus mon agresseur, je le dégoûtais, ce dont il me faisait part, d'ailleurs. Toute insulte venant de sa part concernant mon physique grassouillet était un compliment pour moi, un gage de tranquillité. C'est à 9 ans que je devins donc obèse, pour ne pas mourir.
Aussitôt, je refoulai ce vécu douloureux. Aux oubliettes. Solutionné et donc effacé, enterré.

Et voilà l'origine de mes rondeurs. (ce n'était pas mon cher chocolat!) Je ne remercie pas mon abuseur/agresseur de m'avoir obligée à me protéger ainsi. Car ce physique ingrat a été à l'origine de nombreuses années de souffrance.

Ce n'est qu'à cause de l'affaire Dutroux en Belgique que j'ai commencé à défaillir, à pleurer sans raison apparente, ne supportant plus la vue de films traitant du sujet, ni les JT. J'étais pourtant en couple, heureuse, sans problèmes. Et là, surgirent mes vieux démons. La psy consultée alors a été étonnée de la rapidité avec laquelle j'ai démonté le mécanisme abus-obésité. J'avais alors 29 ans. De 9 à 29, j'avais tout oublié... Là encore, mon inconscient avait fait du bon travail! En quelques séances, les souvenirs sont devenus légion, les cauchemars aussi, et tout m'est revenu, comme une gifle: j'ai revécu le lieu des abus, l'ambiance, le décor, la lumière, mes tentatives de fuite, mes cris vains, les paroles et la voix de mon agresseur... Le contact de ses mains qui enfermaient les miennes pour que je cesse de me débattre, son regard qui me faisait vomir... Les menaces pour me faire taire...
Le temps de se défaire de ce passé, de le regarder en face, d'apprendre à l'assumer et à tourner la page sans refouler, cette fois, et j'avais 30 ans. Trop tard pour faire un procès. J'en étais malade.

*****

Me voilà à 42 ans, ce passé définitivement assumé. Je prends conscience qu'il est important de témoigner pour permettre à d'autres victimes de libérer LEUR parole. Et surtout de porter plainte, si elles en ont encore l'âge...

 ...42 ans, avec des séquelles de ce passé, malgré tout, du moins d'après mon psy actuel (que je vois pour ma sclérose en plaques et pour des problèmes de harcèlement... moral au boulot! Mais j'en suis arrivée à me demander si le choc dû aux abus n'avait pas posé les premiers jalons de ma SEP.. Allez donc savoir!). En effet (et là, mon article finit de façon rajouissante, finies les confessions terribles!), je lui parle de mes amis, ce jour-là... De leur réaction face à ma sclérose en plaques etc... Il en est un qui a une place de choix parmi les potes, et il se trouve qu'il est gay. Au psy, je dis en souriant: "Maintenant que j'y pense, c'est fou le nombre d'amis gays que j'ai eus depuis la 6ème, j'en étais amoureuse parfois...".
Et là Dr. Psy rétorque:"Moui, et pourquoi donc...?"
Moi:"Eh bien, ceux que j'ai connus étaient sensibles, à l'écoute, de vraies copines avec lesquels on peut faire les magasins! En plus, pas d'ambiguité, pas de prise de tête comme avec un mec hétéro, on sait que cette amitié là est sincère, désintéressée. Et puis, au moins, ils se fichaient tous de mon physique ingrat, pas comme l'hétéro de base qui ne s'intéresse à une nana que si elle est bien roulée..."
Dr. Psy insiste:"Voui, et donc... Pas d'ambiguité... Donc, pas de... Hem...?"
Moi:"Ben... Euh... ???"
Dr. Psy:"M'enfin, c'est évident: pas de risque! Pas de risque d'abus!!!"
Moi:"Ah... Ben... Oui, c'est une explication... Ceci dit, je ne suis pas sûre de VOTRE interprétation..."
Dr. Psy soupire, un peu interloqué.
Amusée, je l'achève: "Ben oui, si ce sont mes abus qui dictent mes rencontres masculines, comment expliquer que je n'ai jamais eu de problèmes, ni relationnels, ni sexuels consécutifs à ce qui m'est arrivé dans le passé? Mes abus m'avaient rendue obèse mais ils n'avaient pas conditionné mes relations avec les hommes hétéros."
Et toc. Et Dr. Psy réfléchit. Me regarde (eh oui, je ne suis pas allongée, moi, je suis en fauteuil, perpendiculairement placée au sien, et parfois nous décidons de laisser nos regards se croiser!)
Et là, on dirait bien que c'est lui qui va avoir des devoirs à la maison pour me comprendre... Car j'ai bien compris que la séquelle liée à l'abus ne consiste pas dans le fait d'apprécier mes amis gays. Mais plutôt dans le fait de lui tenir tête, à lui, psy, parce qu'il fouine au plus profond de moi-même, une sorte d'abus consenti, auquel je résiste pourtant, un peu...

***Je dédie ce texte à MO,
ma collègue atteinte d'un cancer, 
battante, elle aussi abusée
incestueusement dans son enfance.
Je  t'embrasse, MO! 

Publié dans Chez mon psy

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Camille 29/04/2017 16:59

Magnifique article.
Malheureusement je me reconnais également dans ton témoignage. Abusée sexuellement également par mes deux parents pendant des années. Les souvenirs remontent suite à mon Burnout à 28ans. J'écris un livre sur ce sujet désormais entre deux crises de vertiges dues à mes nerfs de l'oreille qui ont été abimés lorsqu'on me faisait faire des pratiques sexuelles à deux ans... J'espère que ta SEP ne te handicapé pas trop. Bravo pour ta parole.

Handi@dy 18/04/2007 18:04

Merci à vous lecteurs de m'encourager par vos mots... Et merci surtout à mes lectrices abusées, elles aussi, d'avoir eu le cran de témoigner ici... Je suis soulagée d'avoir rédigé cet article et me rends compte qu'il était important de le faire, de donner, de libérer la parole d'autrui aussi... Nous sommes plus nombreux à avoir été abusés que l'on peut l'imaginer, y compris parmi mes proches blogueurs... Sujet tabou. Parlons de nos souffrances, mettons des mots sur nos maux, pour ne plus souffrir! Je vous embrase de tout coeur! Tenez bon!

Bulledesavon 13/04/2007 11:04

Je reviens ce jour je vais passer du temps à te lire, c'est comme dans mon histoire monstrueux, nous avons un passé similaire je t'embrasse. Reste forte dans ton combat.Sincères Amitiés

Osmanthe 08/04/2007 15:26

J’ai lue attentivement ton article et je dois dire que j’en ai même eut des frissons.
J’ai connu le même parcours que toi, moi c’était mon beau père qui avait des gestes déplacer à la vue de ma mère.
Ma mère riait de la scène qui se déroulait devant elle, et moi je me défendais comme je pouvais, je griffais ou le mordais, ensuite il me frappait violement , me repoussant et m'insultant...
Lorsque ma sœur et moi prenions un bain il venait voir et j’avoue que cela me répugnais.
Beaucoup de choses se sont passées et je ne devais pas en parler , pour ma mère nj'étais une menteuse..
A 13 je n’ai plus supporté cette situation  qui s’empirais de plus en plus, et je me suis enfuie de chez moi, placée par la suite j’ai fait comme toi je me suis construit une carapace solide. Mais qui en retour m’a apporter aussi sont lot de souffrance.
Etre obèse quand on est jeune c’est difficile…
Aujourd’hui après des années de pleure et de chagrin j’ai réussie à me reconstruire.
Aujourd'hui j'ai 28 ans et je suis maman de deux adorables petites filles.
Je les protège sans arrêt et je leur donne tout l’amour que j’aurais aimé avoir étant enfant.

anne caroline 04/04/2007 20:38

coucou @dy, je repasse ici et je vois que ce blog est assez fourni; je viens de lire ce billet...
ça me rappelle également certaines choses de mon enfance... hélas...
 
Je t\\\'embrasse fort