Grand Corps Malade, slammeur, poète... et handi !

Publié le par Handi@dy

"Grand Corps Malade" :

ce jeune artiste talentueux est né le 31 juillet 1977, en Seine-Saint-Denis. Prénom: Fabien. Surnom: "petit chaton bleu" (son magnifique regard azur!)
20 ans plus tard, la guigne: lui qui voulait devenir prof de sport plonge dans une piscine (il est animateur de colo à l'époque) et craaaac! Se retrouve paralysé. Après une longue rééducation (je connais ça!), il récupère la marche et, appuyé sur sa canne (qui lui va bien, je trouve, car il est humble de nature), il prend le pseudo de Grand Corps Malade (bref, le mec qui assume son handicap, chapeau bas), et entame une carrière de slammeur.

Je découvre FABIEN lors d'émissions tv. J'adore tout de suite, fascinée par ses textes, sa voix, son débit...
J'achète évidemment son CD. Le texte de slam "6ème sens", sur le handicap m'interpelle forcément. On en parle à mon groupe SEP, d'autres ont acheté le CD, il circule. Récemment GCM a obtenu 2 victoires de la musique, bien méritées. Car ses mots sont rythme et musique. (Révélation de l'Année et Scène de l'Année)

On peut être handi et se lamenter... Ou cultiver ses talents et réussir sa vie, malgré tout!
BRAVO FABIEN! (et en plus, il est beau!)
Cliquez sur la grande photo pour accéder à son site!

"6ème sens:

La nuit est belle, l'air est chaud et les étoiles nous matent
Pendant qu'on kiffe et qu'on apprécie nos plus belles vacances
La vie est calme, il fait beau, il est 2 heures du mat'
On est quelques sourires à partager notre insouciance
C'est ce moment là, hors du temps, que la réalité a choisi
Pour montrer qu'elle décide et que si elle veut elle nous malmène
Elle a injecté dans nos joies comme une anesthésie
Souviens-toi de ces sourires, ce sera plus jamais les mêmes
Le temps s'est accéléré d'un coup et c'est tout mon futur qui bascule
Les envies, les projets, les souvenirs, dans ma tête y'a trop de pensées qui se bousculent
Le choc n'a duré qu'une seconde mais ses ondes ne laissent personne indifférent
« Votre fils ne marchera plus », voilà ce qu'ils ont dit à mes parents
Alors j'ai découvert de l'intérieur un monde parallèle
Un monde où les gens te regardent avec gêne ou avec compassion
Un monde où être autonome devient un objectif irréel
Un monde qui existait sans que j'y fasse vraiment attention
Ce monde-là vit à son propre rythme et n'a pas les mêmes préoccupations
Les soucis ont une autre échelle et un moment banal peut être une très bonne occupation
Ce monde là respire le même air mais pas tout le temps avec la même facilité
Il porte un nom qui fait peur ou qui dérange : les handicapés
On met du temps à accepter ce mot, c'est lui qui finit par s'imposer
La langue française a choisi ce terme, moi j'ai rien d'autre à proposer
Rappelle-toi juste que c'est pas une insulte, on avance tous sur le même chemin
Et tout le monde crie bien fort qu'un handicapé est d'abord un être humain
Alors pourquoi tant d'embarras face à un mec en fauteuil roulant
Ou face à une aveugle, vas-y tu peux leur parler normalement
C'est pas contagieux pourtant avant de refaire mes premiers pas
Certains savent comme moi qu'y a des regards qu'on n'oublie pas
C'est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance
Un équilibre fragile, un oiseau dans l'orage
Une frontière étroite entre souffrance et espérance
Ouvre un peu les yeux, c'est surtout un monde de courage
Quand la faiblesse physique devient une force mentale
Quand c'est le plus vulnérable qui sait où, quand, pourquoi et comment
Quand l'envie de sourire redevient un instinct vital
Quand on comprend que l'énergie ne se lit pas seulement dans le mouvement
Parfois la vie nous teste et met à l'épreuve notre capacité d'adaptation
Les 5 sens des handicapés sont touchés mais c'est un 6ème qui les délivre
Bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction
Ce 6ème sens qui apparaît, c'est simplement l'envie de vivre."

*****

Le texte m'émeut profondément, et je m'y retrouve tout entière:
cette vie qui a basculé d'un moment à l'autre, sans crier gare, ce monde dans lequel on se retrouve enfermé, soudain à l'écart des autres, les regards déplacés qui font tant de dégâts, qu'ils soient de pitié ou de compassion. Handicap, tel est son nom, et moi non plus, je n'en propose pas d'autre, et surtout pas ceux, démagos, de nos politiques ("personne en situation de handicap", ça change quoi à mon état?). Eh non, ce n'est pas une insulte, et s'ils éprouvent le besoin de changer le terme, c'est qu'ils ont un blème avec ce qu'il représente, et changer de terminologie n'y fera rien! Une autre hiérarchie s'installe. D'autres priorités. Tels des funambules, vacillant entre espoir et souffrance, c'est ça, exactement. Trouver un équilibre incertain (n'est-ce pas, mes chers SEPiens?)... La force physique disparue qui se mue en force mentale, je peux en témoigner. Quel enrichissement! Et quelle supériorité, quelquefois (en toute humilité) sur les bien-portants qui craquent pour des pécadilles, handicapés de la vie, empêtrés dans de fausses priorités, prisonniers de leurs vies de consommateurs, de travailleurs effrénés... Vies de coquilles creuses... Comment leur dire qu'on a découvert, en soi, un trésor?
Comment partager, les aider, alors qu'ils ont peur de nous approcher?

Comme le dit Fabien, "GCM", l'énergie n'est pas que dans le mouvement. Je suis assise, lente parfois, voire immobile. Ca vous dérange? C'est mon rythme, et j'y tiens. Il est aussi respectable que le vôtre. Laissez-le moi. Et voyez plutôt la malice qui pétille dans mes yeux, écoutez ma voix qui rit et vous raconte de quoi illuminer votre journée...
Je suis différente. Et pourtant je vaux autant que chacun d'entre vous...


Commenter cet article

celineuh 31/03/2007 16:13

argh!  pas trop doué avec l'orthographe des pseudos...handi @dy!

celineuh 31/03/2007 16:11

Salut Handy @diy ! J'adore ses textes, le slam, c'est la danse de la parole! Les mots sont juste, et c'est fort, ça doit être ça un peu, le "6éme sens"...super article...Bisous :) bon samedi!

Handi@dy 28/03/2007 20:21

Les valides mettront toujours l'accent sur la différence, c'est inévitable, ANNA, et il faudra sans doute attendra quelques siècles avant que ça change... A moins que d'ici là on régresse, ou que la maladie et le handicap soient éliminés par les manips génétiques! En attendant, il nous faut composer avec, et si nous voulons avoir les mêmes droits et accès que tout le monde, il nous faut nous montrer, et non ignorer notre handicap, sinon nous n'y arriverons jamais. Ceci dit, je n'ai pas vu le moment où l'on à remis à GCM ses prix, et je le regrette. J'aurais aimé entendre sa réaction. En fait, il assume bien son handicap. Ne s'en cache pas. Et comme tu le dis, comme il n'y a pas de raison d'en avoir honte, pourquoi être gêné de la gêne des autres? C'est leur problème, pas le nôtre. Si le valide n'assume pas et est embarrassé, c'est qu'il a un retard humain à rattraper, mais cela ne doit pas incommoder le handi qui a bien intégré sa différence. Quant à savoir si une personne est définie par son handicap, je dirais que oui, forcément aussi! Car c'est le handicap que perçoivent les gens et qui les éloigne éventuellement. Impossible à nier!! De la même façon que j'assume et affiche en riant ma blonditude! Mes rondeurs! Le mien de handicap, je le porte en bandoulière, comme je dis parfois, il est ultravisible et j'en parle beaucoup. Je ne peux pas le nier, ni même l'atténuer. J'avais un blog généraliste auparavant, ma SEP n'y avait qu'une petite place. Ici, c'est l'inverse: SEP et handicap ont la place de choix, et le reste est subordonné. Pourquoi? Eh bien, parce que cela reflète la place qu'ont ma maladie évolutive, ses contraintes évolutives, imprévisibles, et mon handicap, dans ma vie. C'est la réalité, leur place authentique. Que je le veuille ou non, ils dictent chaque acte, pensée de ma vie, et des années à ignorer ou à vouloir vivre comme si de rien était n'ont servi à rien. La SEP s'impose, tout bonnement, que je l'ignore ou non. Alors j'ai décidé de l'apprivoiser, de la dompter. Je ne la cache pas. Ni mon handicap. Eh oui, je me définis au travers d'eux, ils sont "moi" à un pourcentage élevé. Et ce n'est pas grave, puisque je l'assume.  Mais l'appréciation de son handicap varie selon les personnes, question de sensibilité, de vécu, d'éducation. Chacun fait comme il peut. Chacun son rythme sa voie: le déni, l'oubli, l'affichage, la revendication... (Ce blog du coup affiche forcément maladie et handicap, puisque le but est, en témoignant, de permettre à d'autres d'accepter cette différence.) Merci du com et bizzz!

Anna 28/03/2007 16:54

J'avais enregistré l'émission des Victoires, et je l'ai regardé ce week-end. J'ai pensé à toi quand j'ai entendu que les deux fois qu'on l'appelait pour prendre une victoire ils mettaient l'accent sur son handicap. J'ai trouvé ça hyper lourd. Être handicapé, ça devrait être aussi "banal" que d'être brun ou blond, non ? On ne doit pas en avoir honte, mais ce n'est pas ça qui définit une personne. Qu'est-ce que tu en as pensé, si tu as vu l'émission ?

yann Le malade masqué 27/03/2007 18:38

j'ai decouvert ton blog grace au forum pour la petition, super, bon courage et a bientot