Humour SEP: FAUTEUIL ROULANT: première latte!

Publié le par Handi@dy

Ahhhhhhhhhhh, séquence émotion... Ma première latte en fauteuil... Je m'en rappelle comme si c'était hier. Encore un grand moment de ma vie (de nase)!
Le contexte: 1999, dans un centre de rééducation fonctionnelle prestigieux dans l'Est. On ignore toujours que j'ai une sclérose en plaques (si cela avait été le cas on ne m'aurait pas accordé une place en centre pendant 6 mois).
Je réapprends la vie avec un handicap. Autonomie progressive et liée à la récupération physique de mon organisme qui s'auto-répare comme il peut... ou pas!
J'ai appris depuis peu à faire mes transferts lit-fauteuil, fauteuil-WC seule. J'apprends le maniement du fauteuil, mais cela ne va pas assez vite à mon goût.
Je prends donc de l'avance en m'entraînant seule dans ma chambre ou devant la salle de kiné, le soir, quand le couloir est désert. Ces moments me permettent de me ressourcer loin du stress du service, 2 étages plus haut.
Ce jour-là, après un entraînement intensif où je me suis enseigné seule le soulevé de fauteuil (roues avant en l'air, phase préliminaire du wheeling) en vue de monter/descendre les trottoirs dehors. J'ai fait plusieurs séries en chambre, avec mon lit dans le dos, en cas de chute ou de bascule déséquilibrée arrière. Tout s'est passé nickel chrome, de superbes levers dignes des J.O. (!), même pas tombée!
Je décide de me reposer, quitte ma chambre avec mon discman et quelques CD fétiches (j'écoutais beaucoup de musique celtique à l'époque, et puis le CD "Ray of light" de Madonna qui m'a accompagnée pendant ma rééduc.)
Comme chaque soir, alors que les autres patients (para/tétra/hémiplégiques), encore trop atteints sont obligés de se coucher vers 18h30/19h après le repas, car ils ne sont pas encore autonomes, je tourne mes roues en direction de l'ascenseur pour descendre en biblio, en salle de musique (y avait un piano et une chaîne où je mettais mes CD à donf, cool), ou tout simplement à l'entrée de l'hosto, le nez collé contre la vitre, à regarder les passants, les bus, les voitures... Impatiente de sortir, à mon tour, de retrouver la vraie vie, même si la vie en fauteuil "dehors" ne doit pas être simple...
Mais, je vais trop vite dans mon récit! Là je sors de ma chambre, préviens l'équipe médicale que je descends comme d'hab, salue au passage mes potes des chambres voisines qui me tirent la langue car ils m'accompagneraient bien... Direction l'ascenseur.
J'entre. Bouton RdCH. Zut, pourquoi ils les mettent aussi haut les boutons!? N'importe quoi! Je me hisse et là, vu que j'ai négligé de fermer mes freins d'abord (on oublie souvent quand on démarre, en fauteuil), zouuuuuuuuuu, je glissssssssssssse en avant (arrêtée, heureusement, par la paroi de l'ascenseur), déséquilibrée, une main sur le fauteuil, tendue vers l'arrière et le reste de ma personne mi accroupie (alors que je ne tiens pas sur mes jambes) et dangereusement penchée en avant. Incapable de tenir, je tombe, mais en douceur. Poooooooooofffffffffffff! Ben voilà! Les fesses par terre, le bras a lâché sous le poids. C'est gagné! Avec tout ça, l'ascenseur, lui, a joyeusement tracé sa route avec moi dedans, me secouant, et la porte s'ouvre avec un "schkliiiiing" strident, m'invitant à sortir!
Bah oui, mais je ne suis pas sortie, moi, loin s'en faut! J'voudrais bien, mais j'peux point!
Une bonne dizaine de minutes de réflexion, de système D, de tentatives diverses avant de trouver la technique qui marche: me retourner perpendiculairement au fauteuil après avoir rampé dans la cage de l'ascenseur (faut être motivé, j'vous jure!), puis lever, les mains appuyées frontalement sur l'assise, alors que j'ai réussi à placer une jambe en levier en la repliant. Tout ça s'est passé à l'instinct (qui est excellent chez moi, tant pour survivre à l'impossible que pour jauger les personnes).
Une fois la manoeuvre goupillée, hoooooooop! Je me retrouve sur la titine de l'hosto en moins de deux (après avoir mis les freins, bien sûr!)! Pffffffffffffffffffffff! On respire!
Et on va se fêter ça en faisant des longueurs de couloir avec "Ray of light" à donf sur les noreilles!

Je sais que d'autres, dans une situation analogue, craquent, appellent au secours sans rechercher en eux la solution, doutant de leurs ressources persos. En ce qui me concerne, la demande d'aide, c'est quand je ne peux pas m'aider moi-même d'abord ("Aide-toi toi-même, et le ciel t'aidera", je l'ai toujours vérifié!).
La conséquence est que je suis plus débrouillarde, plus autonome et plus indépendante que d'autres avec des handicaps comparables, voire moins importants.

S'il y a un message dans ce récit, c'est sans doute le conseil suivant: croyez en vous, cultivez vos talents et votre courage plutôt que de craquer devant chaque difficulté sans vous battre. Ce qui ne signifie pas que je ne craque pas. Ca m'arrive, mais seulement après un combat acharné qui, au passage, m'a rendue encore plus forte.
Si ce soir-là, au service, j'étais la plus autonome, et donc la plus libre, ce n'est pas par hasard...
Mes potes (je vous en parlerai bientôt, c'est à mourir de rire nos délires) de rééduc ont choisi la dépendance à la sortie d'hosto, alors qu'ils étaient moins atteints que moi. Ils ont régressé du coup, désappris les techniques enseignées. Ils ont perdu toute liberté d'aller et de venir où bon leur semble. Ils n'ont pas affronté le regard de l'Autre à cause du fauteuil. Ils vivent reclus, honteux, aigris et malheureux.

Alors ce soir-là, en me lattant, à l'hosto, et en m'acharnant à me relever, après une séance de soulevé de titine, je ne savais pas encore que j'étais en train de préparer mon avenir entier: celui du choix de la vie malgré le handicap, armée d'une capacité à rebondir dans les épreuves, dotée d'une persévérance dont je peux dire aujourd'hui, qu'elle m'a sauvé la vie, tout comme mon sens de l'auto-dérision. Vie de personne LIBRE.

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Annabelle 23/11/2010 12:20



Beaucoup "moins handicapée" que toi, mais néanmoins très handicapée, je te rejoins dans ta philosophie. A chaque fois que qui que ce soit veut m'aider (et OMG, c'est trop souvent à mon goût, même
si je sais que la plupart du temps, ça part d'un bon fond), je rétorque toujours que si j'ai besoin d'aide, je sais demander ! 


Les difficultés qui s'accumulent souvent avec le temps, c'est notre dur lot du quotidien. Souvent nous n'avons pas le choix, nous n'avons pas d'autres solutions que d'être aidé par une tierce
personne. Mais avant d'évaluer cette aide indéniable, il faut bien évidemment ESSAYER. ^^


bidoud Adi 



Handi@dy 23/11/2010 19:04



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yolande 22/11/2010 21:04



Bonsoir Adrienne, merci pour ton récit ! Mon pays c'est la vie comme chante, Serge Regianni, j'ai aussi des gamelles en fauteuil, cool , on réfléchit, on essaie avant de flipper, bonne soirée !



Handi@dy 23/11/2010 12:17



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