Humour SEP: MES(!)AVENTURES EN FAUTEUIL ROULANT: blocage trottoir.

Publié le par Handi@dy

Histoire de dédramatiser, de vous faire comprendre qu'il y a une vie, avec le fauteuil (des fois qu'il vous guetterait)!

Que du vécu, du vécu, du V Q!

Printemps 2000. Neuf mois après ma sortie de centre de rééducation fonctionnelle. Je suis "opérationnelle" en titine, mais pas encore super entraînée. J'ai appris à gérer les trottoirs bateaux (trop facile), mais là, rue très longue, il me faut impérativement traverser, et pas de trottoir abaissé en vue. Damned!
Si, il y en a un, loiiiiiiin, qui me forcerait à faire un paquet de mètres, à traverser, puis à faire demi-tour et à me farcir la trotte en sens inverse. Non, merci, je ne suis pas un handi stabilisé, ni un sportif handi de haut niveau, j'ai une maladie évolutive qui me fatigue!
Pas le choix: descente de trottoir "à la valide". Le wheeling, je ne le sens mais alors pas du tout vu la hauteur de la "marche". Oulà, oui, c'est même vachement plus haut qu'un trottoir ordinaire, punaise!
Bon, ben... J'y vais! Euh... Oui, mais comment? Marche arrière? Nan, vais me tuer, j'ai pas de béquilles anti-bascule. (non prescrites alors que réclamées par moi) Grrrr, commence à me prendre le chou ça!
Mode "marche avant". Allez, courage, on se lance!
Et...hop!
...
...
...!!!!!
...!?
Euh... "Y a quelqu'un? S'il vous plaît?!" Pas un passant en vue, évidemment! Eh ben voilà, le truc bête: en entamant ma descente, vu que la marche était trop haute, et mon élan pas assez fort, je me retrouve bloquée, les petites roues pour ainsi dire encastrées dans l'angle du trottoir sur la route, le fauteuil vachement penché en avant, et impossible d'avancer... ou de reculer! Y a rien qui bouge, nada!!! Je suis là comme une andouille, comme un caddy qu'on aurait oublié, moitié sur la route, moitié sur le trottoir!
Une voiture!!!!!!!!!!!!
"Ohé! Vous pouvez m'aider?" La voiture me dépasse en klaxonnant! Gnaaaaaaaaaaa! Mais il croit que je m'amuse ou quoi? Je sais que ma position est dangereuse, ben qu'il vienne m'aider, ducon! Bon, on réfléchit (position du PENSEUR de RODIN, je la fais très bien!)... Quelles sont les alternatives... Sauter sur place en prenant appui sur les accoudoirs, yes!
Bon, ça c'est fait... (Marche pas... Même pas bougé d'un poil, par contre je vais massacrer la titine) Bleubleubleub...(je joue avec mon doigt et ma lèvre inférieure, ça me concentre). Hahah! Je sais: je vais retirer mes repose-pieds et prendre appui sur ce qu'il me reste de force dans les jambes, ça va le faire, mais oui! Ca me soulèvera, et je pourrai me dégager!
Clic. Clic. Tchoc. Tchoc. Mhhhmmmffff! Que dalle! C'est quoi ce karma de m****!
Ok, j'ai pigé. Je dois payer pour une vacherie commise dans ma vie antérieure. (j'y crois pas, c'est du flan) Je prends mon mal en patience. Je sors mon baladeur. Je me cure les ongles. Tiens, le fauteuil, ça abîme les mains ET les ongles. Un pigeon passe devant moi, fait un détour, dodelinant de la tête "walk like an Egyptian", l'air méfiant (on sait jamais, je pourrais me lever, bondir de mon fauteuil et l'attraper!) et me nargue! Si que c'est vrai! Il a pigé (pigé, pigeon) que je ne pouvais pas bouger! Du coup il repasse devant moi, frondeur! "You're talking to me, pigeon?" Je prends un air dégagé, mais il ne dégage pas! Je lui fais un doigt! Bon, il a compris que je n'avais pas de miettes à lui donner et me plante en s'envolant à tire d'aile!
Bon, on sort la grosse artillerie: chewing gum sans sucre (faut s'rationner, ch'sais pas combien de temps je vais rester ici, une minute, une heure, une semaine... Allez savoir!). Barre de chocolat (ça fait du bien au moral). Voilà, j'ai mon kit de survie.

Rhaaaaaaaaaaaaa mais quelle gourde, j'ai mon portable, je vais appeler... Voyons, qui habite dans le coin... Nan pas elle, je l'aime pas...
Une autre voiture!!!!!!!! Gnaaaaaaaaaa, le conducteur me voit... S'arrête. Descend sa vitre: " Ca va? Vous avez besoin d'aide?"
MOI:"Vi! Vous tombez bien! J'suis coincée, pas moyen de bouger, c'est relou!"

Pas mal le mec, jeune. Hem. Il stationne comme il peut, descend, me prend par derrière (nannnnnnnn, c'est pas sessssssuel!), chope la titine par les poignées arrière, donne un grand coup de (!)... jambe sous le fauteuil, me tire (bah oui) et pouf! Me vl'à saine et sauve sur le trottoir!
Vi, mais... c'est pas là que j'vais! J'veux descendre, moua! (pas contrariante du tout la nénette)

Eclats de rire. Il me retourne (nannnnnnnnnnnnn, c'est toujours pas sessssssssssuel!) et me fait descendre en marche arrière, et là, j'ai failli re-rester coincée! Nous vlà bien! Sacré trottoir à la noix!
Mais bon, on finit par y arriver!
Je gratifie mon sauveur d'un sourire charmeur, le remercie (il se marre, propose de me ramener, me demande si c'est ma technique de drague, le coup de la "panne de fauteuil"!!! Tiens, ça donne des idées ça! ) lui propose un chwing', il rit (j'ai une moustache à cause du chocolat, mais ça je ne m'en apercevrai qu'une fois rentrée, la honte!), on papote 3mn et zou, on prend congé, parce que je suis à quelques tours de roue de chez moi, plus simple d'y aller en titine plutôt que de me transférer dans sa teuf etc... Pour quelques mètres.
Ouf!

MORALE DE L'HISTOIRE: 1)on a parfois besoin d'un bipède, et quand on a du bol, il est même jeune et mignon! Gentil karma, gentil!
2)il faut toujours mâcher un chewing gum sans sucre, ça fait de la salive, c'est bon contre les caries, et puis... On ne sait jamais quelle rencontre on va faire, alors vaut mieux ne pas refouler du goulot!

*Première parution 5 mars 2007 *

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christine 26/06/2009 17:57

Je ne sais pas si, à l'époque, tu avais déjà ce second degré mais j'adore. Entre copines, au bureau, quand nous vivons des aléas de la vie de ce style, nous avons le réflexe de nous dire "si je me sors de là, les cops vont bien rigoler quand je leur raconterai"... et dès qu'on arrive à la maison, on se précipite sur l'ordi pour leur envoyer un mail !PS : ceci étant, j'ai vu une fois un handi dans la même situation et le temps d'arriver jusqu'à lui, j'ai observé plusieurs personnes passer devant lui sans s'arrêter... j'étais atterrée

Handi@dy 26/06/2009 18:19


Oui oui, autrement je n'aurais pas survécu! Jr l'avais dès le début en neuro, au lit!

Bon réflexe ton raisonnement! J'ai un peu le même, genre c'est la merde mais on se marrera quand je raconterai!

Ca arrive que les gens ne bougent pas... Mais pas à moi! J'appelle au pire! En général les gens sont nombreux à accourir et j'ai le choix du sauveur, comme pour monter la pente devant ma pharmacie,
trop raide: j'attends et choisis toujours un mec mignon! :0010:


Kléolia 26/06/2009 16:16

Je me suis fait pipi dechus...M'vla bien

Handi@dy 26/06/2009 18:13


Vi, j'aime bien cette anecdote aussi, beau souvenir! (le mec, pas le blocage!) T'aurais vu ma tête dans la miroir quand j'ai aperçu la moustache de choco!
Pfff! :0010:


Handi@dy, aide Ús commentaires! 24/03/2007 23:39

Je rajoute ici un com de COLETTE qui n'a pas réussi à mettre le sien et me l'a envoyé en mail!

Sujet : Mail de lecteur du blog "Ma SEP, mon ennemie intime"

 
 
Et bien Ady, je n'arrive toujours pas à te mettre un commentaire mais à défaut je t'envoie ce mail.
J'aime beaucoup ton bel exposé sur ce périple en fauteuil et ton attitude sagace a exprimer ta vitalité !
Et combien "vitalité" !!!
Tu dis dans ton exposé : "printemps 2000, neuf mois après ma sortie du centre de rééducation, je suis opérationnelle". Neuf mois, c'est le temps d'un enfantement !
Et dans cette continuité de ta vie, il y a ressources en toi !  Dans ta manière d'être, de parler, de survivre !
 
Tu exposes ton constat de détresse :
Il est vrai que le pigeon voyageur n'est plus d'actualité... Le téléphone portable a pris le relais mais là encore, à qui dois-je faire appel... ?
Tu as sollicité plusieurs manoeuvres par tes propres possibilités et tu constates : défaîte !
Mais le secours est enfin venu...   Et il est venu de l'extérieur, sur ton chemin !
Le temps a certes pris sa part..., ta position d'espérance a certes été quelque peu troublée... Mais ta vie est pleinement précieuse comme  tu peux le constater !
Et là,  l'amour s'est manifesté en un sauveur inconnu..., à un temps donné appelant patience, persévérance !
Non de l'amour sensuel  mais de l'amour précieux : un amour en soutien,  réconfort avec humour partagé...
Un amour donnant l'espérance à poursuivre ta vie ainsi que nous pouvons le découvrir dans tes partages.
Certes le temps appartient au temps mais l'espérance fait vivre !
L'espérance est un emprunt fait au bonheur !
 
Je t'embrasse bien fort,
 
Colette

Bambou 11/03/2007 23:45

Tu m'as fait mourir de rire !! J'ai vraiment adoré ton anecdote (pas de bol ceci dit ...) !
Prends soin de toi !
Bise, Bambou

n-talo 11/03/2007 08:39

merci pour ce billet plein d'humour, un grand rayon de soleil pour toi