Comment réussir son hospitalisation (3)

Publié le par Handi@dy

14/02/2007

CHRONIQUES DE MON HOSPI, volet 3: "autres patients".

Etre hospitalisé, c'est souvent partager sa chambre avec un(e) inconnu(e). J'ai eu 5 voisines de chambres différentes en 11 jours! N'ayant eu la permission de quitter le lit que 3 fois, je n'ai donc pas pu éviter une certaine promiscuité (notamment pour aller au "WC", tout se faisait au lit...). Pas simple, mais j'ai eu du bol, toutes mes compagnes de galère ont été très sympas!
1) La 1ère, je l'appellerai Lady Parkinson; 70 ans. Atteinte de cette pathologie depuis une douzaine d'années, elle avait des tics gestuels très importants, ne contrôlait que peu son corps et son visage, avait du mal à s'exprimer et émettait malgré elle des sons qu'elle égrenait, répétait sans pouvoir les contrôler. Dès mon arrivée, elle s'est excusée... d'être ainsi! Je l'ai rassurée et ai vite compris que sa maladie lui valait les foudres des soignants et des voisines de chambre précédentes, la dernière en date l'ayant, d'après son mari, agressée verbalement de la pire façon, alors qu'elle n'est en rien responsable des symptômes de sa maladie!
Quant à moi, intéressée, je me suis demandée si j'arriverais à gérer ses bruits, sons que j'ai appelés "mélopées". Pour quelqu'un de peu tolérant, c'est difficile à supporter. Pour quelqu'un d'ouvert à la différence, à la bizarrerie comme moi, c'est simplement une découverte passionnante! Ces sons obéissaient à un rythme régulier, ternaire ou quaternaire, à la frontière entre les maths et la musique! Puis, elle changeait de "disque", de sons, après les avoir répétés en boucle une quinzaine de fois. Je me suis donc conditionnée pour repérer la séquence émise, me laissais bercer par elle comme par de la zic, puis attendais la suivante. Et loin de me déranger, ce rythme me reposait! Ma mamie Parkinson en était hébétée et émue: la 1ère fois que qqn la supporte! En fait, nous avons même parfaitement harmonisé, et entre les crises et les blocages, eu de délicieuses discussions autour du monde, de la littérature, avons parlé anglais etc... Une femme d'une intelligence et d'une culture remarquables, et simple et humble comme j'aime! Nous avons ri de nos pathologies aussi. Un soir, lors du passage de l'interne (on avait le même, un type très sympa et compétent), elle a réclamé des médicaments supplémentaires. Elle était en pleine crise d'angoisse morbide. Il lui avait déjà donné tous les cachets possibles, mais elle insistait, citait notamment un médoc appelé "mach 2" censé la dynamiser! (gnaaaaaaa, l'humour des labos!) Refus de l'interne. Bah, elle tente un autre médoc, il rétorque que celui-ci n'est donné qu'en cas d'arrêt cardiaque, quand on est en fibrillation. Et là, elle répond avec sérieux: "Je suis en fibrillation, là". Le toub accroupi à ses pieds lui prend les mains, me jette un regard, pique un fou rire, la mamie se retourne vers moi, esquisse un clin d'oeil et éclate de rire, moi je me marre aussi, forcément! Le toub lui répond: "Eh ben, Mme P., c'est la 1ère fois que qqn qui est en arrêt cardiaque me parle!" Moment béni de complicité à 3. Finalement, elle tente encore: "Bon, d'accord. On fait un compromis..." Mais le toub tient bon et repart. J'ai baratiné ma mamie Parkinson jusqu'à ce qu'elle oublie son angoisse, et c'est sans médoc qu'elle s'est endormie comme un bébé, a passé une nuit impec, et a même dormi la matinée (je dois être très saoûlante!!!). Le lendemain elle rentrait. On s'est séparées avec tristesse, nous sommes promis de tenir bon, de nous rappeler nos moments de rire, nos discussions. Je pense souvent à elle... Elle m'a enrichie en m'apprenant une nouvelle différence, une nouvelle tolérance...
2) Melle Epilepsie a été une voisine super sympa, un peu plus jeune que moi, géomètre. Elle en était à sa seconde crise et avait fait une chute. Je retiendrai surtout nos moments de "voyeuses" lors desquels je montais mon lit au maxi pour mâter avec elle les occupants des bureaux du bâtiment des labos Roche en face de la neuro. On guettait les mecs mignons, planquées derrière notre vitre fumée! Voir sans être vu, le pied! On commentait leur look, on s'esclaffait quand ils se mettaient les doigts dans le nez, se grattaient, sans savoir qu'ils étaient vus!
3) Mme "Diagnostic en cours" était venue pour des symptômes qui m'ont fait penser à une sclérose en plaques. On lui a fait sa 1ère ponction lombaire. Elle a dégusté. J'avais pourtant prié intérieurement pour qu'elle n'ait pas mal... J'ai prié aussi pour que ce ne soit pas une SEP, à l'arrivée...(elle avait l'autre interne, celui que je ne trouvais pas sympa) Je lui ai recommandé de rester sur le dos et de boire beaucoup: le toub avait oublié!!! On a sympathisé très vite, elle était à peine plus âgée que moi. C'est elle qui a assisté à la vengeance orchestrée contre moi par une équipe de nuit naze. Il s'est avéré qu'elle connaissait une de mes visiteuses/amie SEP. Le monde est petit... Comme avec miss Epilepsie, on a échangé nos coordonnées. Elle est partie sans que le diagnostic soit posé. J'espère qu'elle ne me contactera pas pour me dire qu'elle a la SEP... Très sympa la nana.
4) la "petite Sirène", une patiente SEP et épileptique (!) de 28 ans, maman d'un petit garçon de 9 ans. Toute mimi, de longs cheveux blonds, ne parlait que de son gamin (à qui j'offrais mes yaourts et mes fruits), sa vie sociale se résumant à sa famille. Elle venait pour prendre sa 5ème dose d'Endoxan, un traitement de chimio contre la SEP. Consternation: elle ignorait qu'il s'agissait de chimio, c'est une inf qui le lui a dit! Y a vraiment un blème de communication en hosto, m****! Je l'ai beaucoup écoutée, ai peu parlé, à part pour lui signaler l'existence du groupe SEP. Elle connaissait mais ne souhaitait pas fréquenter d'autres malades. Je voyais bien que moralement elle n'en menait pas large et aurait gagné à venir aux réunions, mais bon... Elle sait où me contacter. Je retiendrai son sourire triste, puis ses yeux qui s'illuminaient quand elle parlait de son petit garçon... Chacun de nous doit trouver sa bouée, sa raison de vivre, de s'accrocher malgré cette satanée maladie!
5) "Mémé Parkinson", ma dernière voisine avant ma sortie. Elle m'avait avoué ne plus sourire depuis 4 ans, date du diagnostic de sa maladie. Elle n'était pas encore très atteinte, mais déjà très désespérée, honteuse, et avait coupé les ponts avec ses amis. Je l'ai encouragée à renouer, à les inviter, à leur expliquer. Je l'ai aidée aussi à communiquer avec son toub, car là on était en quiproquo total, il utilisait une terminologie à laquelle elle ne comprenait rien, son neuro à elle ne l'ayant pas initiée. (Elle ne connaissait pas le terme de "blocage" dans le Parkinson, alors que je l'avais appris, moi, au contact de ma 1ère Lady Parkinson!) Elle était terrorisée par l'hosto (son second séjour alors qu'elle allait sur ses 70 ans) et par les inf. Les moments de bonheur ont été son travail avec une kiné stagiaire qui a réussi à la faire sourire, ça m'a réchauffé le coeur, puis de voir le sourire de son mari, la voyant heureuse de réussir l'exercice de kiné... Enfin, on s'est parlé la veille de mon départ, et je pense l'avoir requinquée, car là aussi, elle a souri, ri même...

Ces rencontres inopinées, "forcées" car non choisies, sont parfois une révélation, et en ce qui me concerne, toujours un enrichissement humain incroyable. J'en oublie ma SEP. Je me concentre sur celle qui souffre davantage que moi, on partage... Et chacune repart ressourcée, rassurée, moins seule, prête à affronter l'avenir, en tout cas pour quelques temps...


Demain, le "bonbon" du séjour, récit dernière partie, la meilleure, A NE PAS RATER: les kinés (des doux dingues!!!), diverses bêtises de ma part pour supporter l'hosto, des visites "spéciales"...

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Handi@dy 25/03/2007 08:46

Bah, j'aime bien, moi, avoir des voisines de chambre! De toute façon, en neuro, pas moyen d'être en chambre individuelle, c'est réservé aux cas très graves, voire mourants... Bref...Ceci dit, je ne vais à l'hosto que contrainte et forcée! Là, y avait pas le choix!!!

laurence 15/02/2007 14:36

ouais je vois que chaque hospi se ressemble....c'est pourquoi dans la mesure du possible je les evitent !
mais maintenant que je suivi par un medecin en clinique privee je me gene pas je prends une chambre particuliere comme ca j'organise mon temps et mes activites sans subir celles des autres tant pis pour la solitude...des fois il vaut mieux l'avoir pour compagne!
allez bon courage et a bientot
tu n'a pas eu de mes nouvelles pdt quelques temps j'etais en plein tournage d'un film doc mais je sis sur les rotules!
en plus je prepare ma presance a des salons du livre surtout en limousin, mais Paris aussi,  il y en a bcp en mars!
a tres bientot bises
laurence