Humour SEP: Piercing et braquage de banque!

Publié le par Handi@dy

J'en ai vécu (ou provoqué sciemment!) des situations cocasses, et c'est l'une de mes préférées. Rien de spectaculaire, juste un petit bonbon qui fait sourire! (c'est long à lire, mais ça le vaut bien!)

Date: printemps 1999. J'ai 34 ans. Lieu principal: un centre de rééducation fonctionnelle qui a pignon sur rue. Autres lieux: une galerie commerciale, puis des boutiques.
Situation: ma SEP n'est toujours pas diagnostiquée et j'ai été transférée de neurologie en rééducation fonctionnelle pour retrouver une autonomie qui me repermettra de vivre seule, car je suis paraplégique et incontinente. A cette époque de mon séjour, j'ai déjà acquis une assez grande autonomie et rentre chez moi chaque week-end (je monte 2 étages d'escaliers à la quasi seule force des bras, avec l'aide des ambulanciers), c'est ce qu'on appelle le "week-end thérapeutique", lors duquel on reprend contact avec la famille et le "dehors", en testant son autonomie chez soi, avec l'équipement fourni par le centre. Perso je goûte pleinement ces moments et me prépare même à reprendre mon emploi.
Ce jour-là, c'est ma nièce qui m'accompagne dans un hypermarché où je me transfère de ma titine d'hôpital (je n'ai pas encore de fauteuil perso, il ne sera prescrit qu'à la sortie) pour poser mes fesses sur le scooter électrique avec corbeille incorporée proposé dans le magasin aux "personnes à mobilité réduites". Je me régale, je fais la folle dans les rayons, je rase les autres acheteurs, j'arrive à fond la caisse, puis freine brutalement, ma nièce me course (mais je suis plus rapide héhé, ça change!) en riant aux éclats. Hop, on fait les courses, passage à la caisse handi chez une caissière adorable, puis j'emmène ma nièce chez le bijoutier de la galerie. J'ai décidé de me faire piercer le nez. Un ptit brillant ou autre. C'est la grande mode à l'époque, et j'ai décidé de me réintégrer dans la société des valides en affichant ce signe de "reconnaissance" pour les rassurer, leur signaler que malgré mon handicap récent, je suis "comme eux". J'interpelle la vendeuse et lui demande avec un sourire s'ils font des piercings en magasin. Elle me regarde avec une moue désapprobatrice, ne me répond pas, lève la tête et s'adresse à ma nièce: "Vous désirez quel genre de piercing? Nous ne perçons que les oreilles." Ma nièce qui regardait ailleurs ne réagit pas. Normal, ce n'est pas elle qui a posé la question. A nouveau je hèle la cruche qui se prétend vendeuse. "Oh eh! C'est moi la vedette du film! C'est moi qui vous ai posé une question, c'est moi qui veux le piercing, c'est à moi que vous vous adressez!" Mon sourire est un peu crispé, mon ton sec. Elle a compris mais fait toujours la gueule. Ma nièce qui a enfin capté le malentendu, s'en mêle: "Ah mais non, pas pour moi le piercing, c'est pour ma tante... [il faut dire que ma nièce, de 10 ans plus jeune que moi, est une jeune femme posée, au style classique, portant des vêtements pastels, alors que moi, c'est de l'original, de l'osé, du branché! Même en zic je suis plus au fait des derniers clips de MTV qu'elle!] Adressez-vous à elle, ce n'est pas parce qu'elle est assise qu'il faut la traiter avec mépris!" Puis, se tournant vers moi: "Allez, viens @dy, on bouge, elle m'a l'air un peu très bête la vendeuse". "De toute façon ils ne font pas de piercing ici." réponds-je. Et on s'en va. Je me sens bizarre, car c'est ma première expérience négative de regard de l'autre: il faut dire que la plupart des valides font l'amalgame entre handicap physique et handicap mental. Si de plus vous êtes accompagné par un bien-portant, on s'adressera à lui, et non à vous, même si c'est vous qui posez la requête. J'ai fait une seule autre expérience de ce genre. Il faut dire que je me suis reconstruite vite et que ma personnalité en impose, même en fauteuil.
Mais qu'y a-t-il de drôle dans ce récit? Ca vient...
Après le week-end thér., retour au centre. Kiné intensive, soins divers. Il était possible, en-dehors de ces heures obligatoires, de demander une autorisation de sortie de 3 heures consécutives maximum, pour par exemple, aller faire un tour en ville, aller au restau etc... Un pote tétraplégique (à la suite d'un plongeon dans un lac) en profitait pour sortir avec sa copine valide.
Le piercing devenu une idée fixe, je chope le fameux billet rose "demande d'autorisation etc...". A cet endroit, je dois préciser que l'ensemble du service où je suis à l'époque, celui des para-tétra-hémiplégiques, est en rébellion. Il n'y a plus assez d'ergothérapeutes pour tous, plus d'orthophoniste, et les kinés sont débordés, les séances courtes et bâclées. Nos progrès s'en ressentent et nous sommes sur les nerfs! Je suis inspirée par une discussion récente avec mes 2 handis préférés (un quadragénaire crashé à moto et un quinquagénaire atteint d'une maladie neuro-musculaire rare): comme on n'est plus dans la vraie vie, coincés à l'hosto, on se fait des délires virtuels: "Purée, t'as vu le prix des fauteuils? Et le taux de remboursement? C'est la cata!" "Ouais, je vais devoir emprunter à ma famille pour avoir un fauteuil, la honte" "On devrait braquer une banque..." Eclats de rire. On se voit bien, tous les 3, en fauteuil, cagoulés, l'arme au poing! Surtout que T. vient à peine de retrouver l'usage de la parole, et à peine de ses mains! On imagine la course-poursuite, les keufs aux trousses! Puis les témoignages pour nous décrire, l'arrestation. Fous rires. On se dit qu'on sera "trop bas" pour la photo du dossier criminel (face/profil), qu'on n'y verra que nos cheveux! On en pisse de rire (et ce n'est pas une expression!)
C'est donc ce délire qui me poussera à écrire, dans la rubrique "motif de la sortie/adresse/heure de départ, de retour": "Courses diverses (cagoule etc...); braquage de banque (j'ai donné l'adresse de ma banque)". Je savais par expérience que l'infirmière chef ne jetterait qu'un oeil distrait sur le papier, y mettrait son tampon, puis le papier rose finirait à la corbeille à mon retour. Je m'approche donc de la salle de soins. L'inf. chef que j'avais guettée est là, très occupée, et tout se passe comme prévu. Je la baratine pour qu'elle se dispense de lire: "Je vais faire des courses dans tel quartier avec le transporteur handicapés, je serai de retour dans 2 heures". Elle valide, classe la feuille. Je réprime mon fou rire en toussant.
Me voilà donc officiellement autorisée, bénie, en vue d'une sortie pour braquer ma banque! Trop drôle! Je m'empresse de raconter ma farce à mes 2 compères de bêtises. A., plié: "Nan, t'as osé! Je veux voir le papelard!" Moi: "Ben vas-y dès que la salle de soin est vide!". Réaction de T.:"Ils sont vraiment trop c*** dans cette boîte. A ma prochaine sortie, j'écrirai une connerie aussi."
LE PIERCING! Loin du centre, je roule de boutique en boutique, apprivoisant le macadam qui change drôlement du sol marbré tout lisse de l'hosto où l'on glisse sans effort, pour faire mes emplettes, prendre des clopes en passant pour les potes qui ne peuvent pas sortir (ils fumaient devant l'hosto). Ahhhh, la bijouterie, enfin. Et elle est à priori accessible, pas de marche, comme me l'a dit l'infirmière dont je tiens l'adresse. Damned, la porte est trop étroite! Pfffff! Je frappe, le gérant m'ouvre, puis tout va très vite, le gars est piercé de partout, a l'air très clean et sérieux, il m'emmène dans la cour derrière la maison, apporte dans une valisette le matos emballé, stérile, pique mon pif (ouilllle, ah quand même! J'ai 3 trous dans chaque oreille, c'était rien, mais là, la vache!), désinfecte et me donne un flacon pour les jours suivants, en prime. Très cool. (mon nez pique, aïe!) Mon chauffeur arrive, me regarde, ahuri: "Ben vous avez un piercing!" Bêta! Je me suis pas fait piercer à l'insu de mon plein gré, patate! Je lui souris (aïe, ça fait plisser le nez). Retour à l'hosto, où mon "billet rose" politiquement incorrect n'a toujours pas été découvert... Défilé des infirmières, aides-soignants et agents dans ma chambre (ils se sont passés le mot ces nouilles): il y a les super sympas (80% du personnel, je les adore): "Woaw! Fallait oser" "Oh @dy, tu l'as fait, cool! Hein qu'il est sympa, mon pierceur?" "Viens là toi que je te le désinfecte en pro" "Ca te va bien, ma puce, t'as bien fait!" etc... Et puis il y a la honte de la profession (20% d'aigris qui détestent leur job et passaient leur temps à nous décourager, à nous casser, à nous humilier): "C'est nul" "Je vais le dire à la médecin chef, je suis sûr qu'elle sera contre" "Non, mais quelle idée, vous vous prenez pour qui?" "Ca va s'infecter, je parie n'importe quoi, et ça me fera plaisir"
Eh bien, j'ai cicatrisé très vite, piercing parfait, et cela m'allait à ravir!!! Si je ne l'ai plus, c'est que j'ai commis la bévue de l'ôter un hiver pour mieux me moucher, et le trou c'est refermé. Puis, la paroi nasale étant devenue plus épaisse à cet endroit, plus possible de repercer. Un bon souvenir...
Ah, le meilleur pour la fin: après le départ du personnel de jour, le jour de mon piercing, l'infirmier de nuit, un vrai pote, passe sa tête dans ma porte: "Alors il paraît que tu as un chouette piercing? Je mets les non-autonomes au lit, puis tu pourras passer prendre le café avec L. et moi en "cuisine" (insomniaque, je passais mes nuits à refaire le monde avec les 2 inf de nuit et avec mon pote A.. Philo, politique, ragôts, bêtises... On clopait en cachette et on buvait du café!) "Au fait, j'ai lu ton bulletin de sortie..." et il le brandit! Il se marre: "Très forte! Je crois que c'est une première!" Je souris malgré mon pif qui pique. Cette nuit-là j'ai dormi 4 heures, un record pour moi qui ne fermais plus l'oeil!
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Handi@dy, braqueuse cagoulée à roulettes! 25/02/2007 21:23

Viiiiiiiiiiiiii LILI, je suis sûre que ça peut marcher! Nos blogs comme preuves, devant le tribunal MDR!Piercing au nombril, au sec... J'ai subi une célio en 99, le nombril a été ouvert pdt l'OP, veux pas qu'on y touche!Bunny62...euh... Bug in the machine on dirait! ;-) BISES A VOUS!

Lili 26/01/2007 07:14

Tiens un nouveau point commun  : j'ai aussi osé le piercing (avec le regard de la vendeuse qui disait "pppf encore une blonde qui veut se la jouer"). Bref moi c'est au nombril. Pas douloureux quand je me marre mais radical pour échapper aux abdos !!
En ce qui concerne le braquage de banque ,s'il revient d'actualité un jour ou l'autre, je veux bien participer. Si ça tourne mal on plaidera la folie. Suis certaine que ça peut marcher ;-)