Une chanson qui me va comme un gant!

Publié le par Handi@dy

J'ai laissé, sur un post, en réponse à "quelle est la chanson qui vous évoque le mieux, au dire de vos amis", "MOONSHADOW" de CAT STEVENS.

 

J'ai découvert le chanteur (jeune sur les photos ici) en classe de 3ème, en cours d'anglais, où nous avons étudié certaines de ses chansons. J'ai adoré de suite. J'aime la plupart de ses titres. Cat Stevens, célèbre dans les années 60/70, avait défrayé la chronique en se convertissant à l'islam. Récemment, lors d'un voyage aux USA, il refaisait la une, car refoulé et mis en garde à vue provisoire, car il était musulman. Quelle parano ! Je vous invite à découvrir ses textes (notamment "Morning has broken", un texte traditionnel qu'il a adapté, "Where do the children play", critique de notre société déshumanisée, pollueuse, sans doute une explication pour sa conversion, son envie d'un autre monde (même si son choix me laisse perplexe); "Sad Lisa", "Father and son", une très juste analyse des problèmes inter-générationnels, "Lady d'Arbanville" , "Matthew and son", critique du monde du travail, du patronat etc... Sur Google, vous trouverez le site officiel)
Voici donc les paroles de "MOONSHADOW", la traduction en noir, ainsi qu'une "explication de texte" bien personnelle...


Refrain: Oh, I’m bein’ followed by a moonshadow, moonshadow, moonshadow
Leapin and hoppin’ on a moonshadow, moonshadow, moonshadow
Oh, je suis poursuivi par une ombre de lune, ombre de lune, ombre de lune,
Sautant et bondissant sur une ombre de lune, ombre de lune, ombre de lune

And if I ever lose my hands, lose my plough, lose my land,
Oh if I ever lose my hands, oh if.... I won’t have to work no more.
Et si un jour je perds mes mains, ma charrue, ma terre, oh si je perds un jour (l'usage de) mes mains, je n'aurai plus à travailler.

And if I ever lose my eyes, if my colours all run dry,
Yes if I ever lose my eyes, oh if.... I won’t have to cry no more.
Et si je devais perdre un jour mes yeux, si mes couleurs en venaient toutes à disparaître (mot à mot, se déssécher), oh si... Je n'aurai plus besoin de pleurer.

And if I ever lose my legs, I won’t moan, and I won’t beg,
Yes if I ever lose my legs, oh if.... I won’t have to walk no more.
Et si je perds un jour (l'usage de) mes jambes, je ne gémirai pas, je ne mendierai pas, oui, si un jour je perds mes jambes, oh si... Je n'aurai plus à marcher.

And if I ever lose my mouth, all my teeth, north and south,
Yes if I ever lose my mouth, oh if.... I won’t have to talk...
Et si jamais je perds ma bouche, toutes mes dents, celles du haut et celles du bas (mot à mot, "nord et sud"), oui, si un jour je perds ma bouche, oh si... Je n'aurai plus à.........


Did it take long to find me? I asked the faithful light.
Did it take long to find me? And are you gonna stay the night?
A-t-il été difficile ("long") de me trouver ? demandai-je à la lumière fidèle. Cela a-t-il été long ? Et resteras-tu pendant la nuit ?


La chanson et moi: vous aurez compris pourquoi elle m'interpelle... Elle est un écho de ma maladie, de mon handicap évolutif. La SEP peut atteindre tout membre ou organe.
Loin d'être négative ou défaitiste, la chanson est l'hypothèse de vie d'une personne qui s'interroge sur les aléas de l'existence, poursuivie qu'elle est par la malchance (la fameuse ombre de lune, l'ombre symbole inquiétant de ce qui vous colle à la peau sournoisement, sans que vous puissiez vous en débarrasser, et la lune, l'inverse du soleil, de nombreuses références symboliques: les ténèbres, le froid, le côté obscur, la malédiction, la sorcellerie, une menace qui pèse), et elle anticipe le malheur. Quel qu'il sera, elle ne verra que le côté positif de la Vie.(Euh, pour une interprétation autre, genre la lune symbole de l'islam, je sèche...)

C'est aussi ma philosophie. A l'hosto, en kiné, en découvrant la SEP, quand on égrenait les facultés physiques perdues (ou aujourd'hui, lorsque je constate que la maladie m'a encore un peu "grignotée", perte de sensibilité, de motricité), je m'efforçais de lister, non pas ce que je ne pouvais plus faire, MAIS CE QUE JE POUVAIS ENCORE FAIRE. Et à partir de là, je me suis reconstruite, telle une maison, plus humblement, avec des tuiles et des pierres manquantes, la maison de mon corps, délabrée, mais tenant le coup par miracle. A chaque poussée, état des lieux et colmatage... On essuie la tempête, puis on repart sur les bases encore existantes. Inutile de se lamenter sur ce qui est perdu. Pas constructif!
Le deuil est parfois très pénible, mais il est possible. Il faut y croire. La félicité est partielle, et chaque jour, il faut se reconstruire, se motiver pour se lever, vaquer à son travail ou à autre activité. Rien n'est acquis définitivement, c'est sans doute l'aspect le plus éprouvant.
Mais on y gagne de précieuses vertus: le courage, la persévérance, l'optimisme. Et puis les choses de la vie prennent leur juste place dans la hiérarchie. On s'attache à l'essentiel.

Dans certaines religions ou philosophies, on estime qu'un être éprouvé par la vie est privilégié. Il connaît la sagesse avant l'heure et est plus proche du "Nirvana", paradis, zen, voire du salut s'il accepte l'épreuve et la transforme pour le mieux. Intéressant... Nan, je déconne, c'est une théorie de maso! Pffff!

Ce qui est troublant, c'est l'effet produit par le texte alors que j'étais en 3ème: le handicap faisait partie de ma vie dès l'enfance, indirectement: voisine handicapée (SEP, eh oui! Mais je vous rassure, ce n'est pas contagieux comme patho!) à laquelle je rendais visite avec ma mère, mes propres parents âgés et malades, mon père invalide car cardiaque.
Mon éducation m'a toujours poussée à m'identifier à celui qui souffre pour le comprendre. A l'époque, donc, je faisais ce cheminement intérieur. (prémonitoire? Troublant, quand j'y songe...) M'interrogeant. Alors que le chanteur donnait sa réponse, je doutais de la mienne. En cas de pépin aussi grave, aurais-je le cran de positiver ? De continuer à vivre ? Je n'avais pas la réponse, alors. Mais, avant mon épreuve, je découvrais ce point de vue incroyable... Et l'intégrais en mon for intérieur.

Aujourd'hui, je sais que la réponse est en nous TOUS. Nous avons en NOUS des ressources inimaginables ! Oui, il est possible de continuer, malgré tout. Ce qui ne nous tue pas nous rend fort. (NIETZSCHE, entre autres, un passage biblique exprime la même idée d'ailleurs)

Je dédie cette chanson à tous ceux qui ont à surmonter un obstacle qui leur paraît impossible. Qu'ils trouvent en eux cette "lumière fidèle" insoupçonnée et qu'elle les accompagne dans leurs moments les plus sombres.

A Caroline, à Tarik, mon petit beur SEP, Alex, ex-pilote de ligne et "sépien", mon groupe SEP et toute personne qui tirera quelque réconfort de ce texte.
réédition du 20/1/07



Publié dans Ma philo à 2 balles

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Kléolia 16/02/2010 17:13


Magnifique texte et très réaliste !
Coïncidence, je viens de citer ma phrase fétiche (Nietzsche) dans un de tes coms précédents ;-)

Ta force c'est ton combat comme disait D. Balavoine.

C'est mon fils qui m'a révélée mon MOI profond...la sep qui a élu domicile dans mon corps n'est rien qu'une intruse, profiteuse de la situation dramatique découlant de mon fiston mais elle ne
compte pas.
Je fais avec mais JE VIS du mieux que je peux, chaque jour qui avance... 


Handi@dy 17/02/2010 18:17


Merci! Tout pareil chère Kléo! Carpe diem! :0010:


Handi@dy, fan de Cat Stevens et du lapinou! 21/01/2007 08:51

Cher lapin! Merci pour la puuuuuuuub!Alors toi aussi tu aimes le Cat? Cool!Pour ma part, la religion des gens m'importe peu, je regarde leurs actes, j'écoute leurs paroles, et c'est ce qui me permet de les aimer ou non. Cat Stevens, sa conversion ressemblait plus à du rejet de l'occidentalisme qu'à un réel amour de l'islam. C'est ce qui me gênait. Quant à ses blèmes avec les douanes US, c'est très récent.J'écoute de la musique orientale, ça me dépayse, et des jeunes avec lesquels j'ai travaillé m'ont fait écouter des artistes du pays d'origine de leurs parents. Il n'y a pas, dans ma tête, de frontières entre les Hommes. Comme il n'y a pas de frontières dans la zic! ;) BIZZZ!

Handi@dy, fan de Cat Stevens. 21/01/2007 08:45

Bienvenue raksha! Alors comme ça le lapinou m'a fait de la pub, c'est cool! Ton commentaire me touche à plus d'un titre: ta proximité, si je puis dire, avec la SEP, que tu connais pour avoir apporté des soins à une sépienne. (la SEP m'a chopée à 33 ans) Je peux te dire qu'en début de maladie, en neuro, c'est notamment grâce à mes infirmières, aides-soignantes et agents hospitaliers qui me bichonnaient, un personnel épatant, que j'ai tenu le coup! Je leur rendrai hommage dans un article où je raconterai leurs facéties! Respect pour ta profession!Il est vrai que le net de par son interactivité permet de se sentir moins seul avec la SEP. C'est pourquoi de nombreux sépiens créent des blogs. Je fais leur pub: bouton "blogs sep".Merci de ta proposition d'échange de lien! J'accepte! Tu te trouveras sous le bouton "autres blogs": il faudra que je te bricole une icône...La fin de ton com me met du baume au coeur et touchera sans doute d'autres sépiens/malades de tout acabi! Je crois, en effet, que la maladie révèle notre "moi" profond, et qu'on ne peut pas tricher. Merci à toi, BIZZZ!

bunny62 21/01/2007 07:36

salut
j'aime bien cat stevens et ces chansons mais comme tu le dis il s'est converti et en ce temps là ce n'était pas trop accepté
maintenant des mulsulmans qui chantent il y en a tout plein
et puis il ne faut pas mélanger religion et chanson
un bon chanteur peut être de n'importe quelle religion
je te souhaite un bon dimanche

raksha 20/01/2007 16:12

Bonjour, je découvre ton blog par Bunny...Je  "connais" un peu ta maladie, car dans ma tournée d'aide-soignante j'avais une dame atteinte de SEP...Sa maladie à démarrer à 30ans, et je l'ai connue quand elle en avait 60...(je parle au passé car je ne travaille plus..)
Je pense que se doit être terrible à vivre!! Et que peut-être , grâce à internet ,les échanges de coms peuvent t'apporter un réel réconfort..
J'aimerais faire un échange de lien, pour te soutenir dans ta démarche, mais aussi parceque je sais (par expérience) que les gens qui souffrent ne trichent pas, et que les échanges que l'on peut avoir sont d'une grande pureté et intensité..
J'espère donc avoir bientôt de tes nouvelles