Les nouvelles technologies, source d'espoir pour les personnes handicapées

Publié le par Handi@dy

2009-10-05 @ 15:07 EDT · Billet publié par John Liebhardt

Traduit par Pauline Ratze · Voir le billet en anglais


 
The Future of ICT for Development

Ce billet sur le rôle futur des TIC dans le développement fait partie d'une série commandée et rémunérée par le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI). Tous les billets


« Je suis peut-être totalement aveugle, mais Internet a réduit mon handicap de moitié », explique [en anglais] Silatul Rahim Dahman à Cindy Tham du site malaisien Nut Graph,  site web d’informations indépendant.

Durant ma récente visite à son bureau à Brickfields, à Kuala Lumpur, il conversait sans difficultés via Skype avec un ami lui aussi aveugle qui assistait à une conférence à Los Angeles. Quand il ouvre un e-mail, le logiciel de lecture vocale d'écran JAWS  installé sur son ordinateur portable Lenovo lit le contenu avec une voix de robot, à laquelle il semble plutôt habitué.

 

Nut Graph s’apprête à ajouter sur son site des fonctionnalités destinées aux handicapés, il se rend sur la page web pour voir dans quelle mesure elle est prise en charge par son lecteur d’écran et son clavier de navigation et leur fait part de précieux commentaires.

Rahim utilise Internet pour communiquer par e-mail, chater avec ses amis et ses contacts sur Yahoo! Messenger et sur Skype, bien meilleur marché que le téléphone. Il se sert aussi d’Internet pour s’informer de ce qu’il se passe dans le reste du pays et dans le monde. Il prévoit de mettre en ligne un site web pour promouvoir le centre de réflexologie et de massage familial, tenu par des aveugles, à Penang.

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, 600 millions de personnes, soit une sur dix, souffrent d’un handicap. La Banque mondiale estime que les trois quarts des personnes handicapées vivent dans des pays en développement. Ce chiffre traduit les relations existant entre la pauvreté et le handicap. Par exemple, aux États-Unis, plus de 18 % [en anglais] des personnes adultes souffrant d’un handicap vivent sous le seuil de pauvreté. Au Canada, le taux de chômage [en anglais] parmi les personnes handicapées a atteint les 15 % il y a peu.

En développant des appareils qui aident à faire tomber les barrières physiques, les technologies de l’information et de la communication (TIC) fournissent un modèle qui favorise l’intégration sociale et économique des personnes handicapées au sein de leur communauté, soutient Deepak Bhatia de la Banque mondiale. Ce n’est pas tout, le développement des TIC améliore l’accès à la connaissance, offre la possibilité de s’organiser et de travailler en réseau et, plus important peut-être, permet au secteur de l’éducation de se transformer progressivement et de bénéficier d’un accès facilité [en anglais] à une large palette de support d'apprentissage, grâce aux nouvelles technologies.

Les questions de développement humain et d’utilisation des TIC ont été traitées de manière générale lors d’une récente conférence [en anglais] à l’université Harvard et l’UNESCO [en français] présentera de nouvelles applications prometteuses du secteur des TIC destinées aux personnes handicapées, à l’occasion de la conférence ITU Telecom World 2009 qui se tiendra prochainement à Genève (Suisse).

Yan TW, ingénieur en automobile en Malaisie, a perdu la vue l’année dernière. Sur son blog, My Blind Sight, (Ma vue d'aveugle) il souligne [en anglais] l'importance des avancées technologiques permettant de faciliter la vie quotidienne des personnes handicapées.

Malaisie, ô Malaisie. Aujourd’hui, les rapides avancées technologiques ont modifié la vie de nombreuses personnes, en particulier celle des personnes handicapées. En ce qui concerne les aveugles et les malvoyants, les chercheurs du domaine médical, notamment en Occident, s’enthousiasment devant les différentes opportunités à explorer et à exploiter pour leur permettre de retrouver un certain degré de vue. S’il est important de sensibiliser les citoyens (rakyat) afin de réduire les accidents dans lesquels ils pourraient perdre la vue, il l’est tout autant de poursuivre les travaux de recherche qui permettent de venir en aide aux personnes qui ont perdu la vue, partiellement ou intégralement, que ce soit suite à des maladies ou pour d’autres raisons.Il ne fait aucun doute que les nouvelles formes d’aide développées, qu’elles soient physiques ou appartiennent aux TIC, offriront une plus grande indépendance aux personnes handicapées dans leur vie quotidienne.

Sur le blog Public dreams of a blind ICT user (Rêves publics d'un utilisateur aveugle des TIC), nous pouvons trouver d’autres exemples [en anglais] des possibilités offertes par les nouvelles technologies :

Parfois les rêves deviennent réalité, mais avant tout il faut que quelqu’un rêve. J’espère trouver d’autres personnes qui rêvent d’intégration en Europe.Je rêve que Wikipédia soit accessible et utilisable pour tous. Je travaille sur un projet lié à l’accessibilité du site en allemand, qui propose par exemple une page d’aide destinée aux internautes aveugles. Wikipédia joue un rôle important dans la société de l’information actuelle et devrait bénéficier de soutien : http://www.epractice.eu/blog/154 [en anglais]

 

Je rêve que Blind Wiki soit indépendant, multilingue et que son interface soit optimisée pour les lecteurs et les contributeurs aveugles: http://blind.wikia.com/wiki/Blind_Wiki:About [en anglais]

Je rêve d’un appareil mobile, bon marché et accessible, qui répondrait aux besoins spécifiques des aveugles. Durant les 8 derniers mois, j’ai écrit des centaines d’e-mails et publiés de nombreux commentaires pour sensibiliser les distributeurs et les dirigeants à ce sujet, mais la tâche est rude et parfois démotivante : http://blind.wikia.com/wiki/Open_Letter_Initiative [en anglais]

Et la liste continue.

Depuis les États-Unis, l’auteur du blog Wheel Chair Kamikaze (Kamikaze en fauteuil roulant), souligne [en anglais] l’importance des outils de reconnaissance vocale qui l’aident à taper sur l’ordinateur et à bloguer.

La sclérose en plaques est une voleuse. Elle ne fait pas de tri, elle déleste ses victimes de choses insignifiantes comme de choses essentielles. La maladie m’a volé des éléments qui étaient à un moment donné les fondations de ma vie : ma carrière, une grande partie de ma vie sociale, l’espoir qu’un jour j’apprendrais à jongler, et des choses qui, en comparaison, peuvent paraître futiles, comme la capacité de taper à l’ordinateur.Ayant perdu la force et la dextérité de ma main droite, il a fallu que je commence à utiliser mon clavier en me servant d’une seule main. Déjà que la dactylographie n’était pas mon point fort…

 

Quand la sclérose en plaques m’a empêché d’utiliser ma main droite, la dactylographie, qui avait toujours été une tâche ardue que j’effectuais à deux doigts, est devenue un cauchemar à un seul doigt. Ma capacité à communiquer grâce à mon clavier a été réduite à néant, quel handicap à l’heure des e-mails et de la messagerie instantanée ! Le lecteur attentif doit donc se demander comment je peux rédiger les bêtises que je publie sur ce blog.

Et bien je me sers d’un petit bijou technologique : un logiciel de reconnaissance vocale du nom de Dragon Naturally Speaking. Cette merveille me permet de prononcer mes pensées et de les voir se retranscrire à l’écran de mon ordinateur. On dirait un tour de magie tout droit sorti du monde d’Harry Potter, sans tous les détracteurs poussant les hauts cris et prétendant que c’est l’oeuvre de Satan.Sans ce logiciel, j’aurais perdu tout moyen de m’exprimer sur Internet et j’en serais réduit à pester contre Melvin, le Kleenex géant qui me sert d’ami invisible. Dragon Naturally Speaking m’a soulagé du besoin de taper et même si demain je me réveillais et que la maladie avait disparu, je continuerais de l’utiliser.

Les personnes sourdes rencontrent les mêmes problèmes dans la plupart des pays en développement, explique [en français] Lourdes Pietrosemoli. Entre autres, le manque de programmes destinés aux sourds et conçus pour la langue des signes locale employée dans leur communauté ».

Au Venezuela, par exemple, la Constitution établit que les minorités linguistiques (la communauté sourde est généralement considérée comme telle) ont droit à une éducation dans leur propre langue. Cependant ce droit est rarement respecté, d’une part car peu de professionnels sont capables de jongler de manière appropriée entre les langues en question, soit l’espagnol et la langue des signes vénézuélienne (LSV), et, d’autre part, parce qu’il n’y a pas de formation qui réponde aux besoins spécifiques des personnes sourdes.

Toutefois, Lourdes Pietrosemoli décrit comment six personnes sourdes ont pu participer à une formation de la Cisco Networking Academy à Merida, au Venezuela, au cours de laquelle ils ont appris à utiliser les outils informatiques de base. Ça c’est tellement bien passé, raconte-t-elle, que l’idée pourrait s’exporter.

Ce cours a marqué une étape importante pour les sourds dans notre ville : les participants ont acquis non seulements les outils de base pour leur développement personnel, mais aussi les mécanismes leur permettant de transmettre ces nouvelles connaissances à d’autres personnes sourdes de leur communauté.Au moment où j’écris ces lignes, les étudiants sourds ayant suivi ce cours sont très engagés dans le projet de transmettre les connaissances acquises à d’autres personnes sourdes de leur communauté et un cours de formation leur permettant d’acquérir les outils nécessaires pour transmettre leurs connaissances est déjà programmé. Cette étape permet de prévenir certains problèmes avec les interprètes. De plus, des chercheurs du projet Impairement and Communication ont prévu un atelier de formation consacré à l’utilisation des logiciels de synthèse vocale qui aura lieu la semaine prochaine. En résumé, l’expérience a montré en quoi consistait un vrai travail d’équipe. Plus qu’un beau résultat, c’est un excellent départ.

Maureen de la Cruz, rédactrice pour le blog Law and ICT (Le droit et les TIC), raconte [en anglais] qu’aujourd’hui il est courant que les personnes handicapées s’initient aux technologies, leur permettant de combler le fossé numérique.

Mes amis Jay et Rene sont de vrais geeks, à une différence près des autres membres de leur espèce : ils surfent sur Internet, se servent de leur ordinateur dont ils exploitent toutes les fonctionnalités grâce à un lecteur d’écran. Avec leur virtuose dactylographie et parfois avec leur moniteur éteint (ils n’en ont pas besoin !), ils sont devenus des experts en programmation, ont même touché au web design et à l’adaptation de logiciels open source pour les rendre compatibles avec les lecteurs d’écran. Jay est le premier diplômé en informatique totalement aveugle aux Philippines. Il travaille depuis chez lui comme rédacteur de contenu web. Rene est membre du comité l’Adaptive Technology for the Rehabilitation, Integration and Empowerment of the Visually Impaired (Technologie adaptée pour la réhabilitation, l'insertion et la participation des malvoyants), une association où elle enseigne aux étudiants malvoyants. Tous deux ont pris part, en tant que participants et en tant qu’animateurs, à des ateliers et des cours spécialisés sur les technologies d’adaptation, au niveau régional et international.

 

Les écoles et les entreprises pensent souvent qu’intégrer des personnes souffrant d’un handicap requiert l’achat d’équipements coûteux et la mise en place d’importants ajustements techniques et logistiques. Comme le souligne Jaime Silva, architecte aveugle, même les bâtiments et les transports publics ne sont pas conformes aux normes de base en vigueur. Par exemple, ils ne possèdent pas de rampes pour les chaises roulantes et n’appliquent pas de tarifs spéciaux pour les handicapés. Cependant, la technologie ouvre continuellement de nouvelles portes aux personnes souffrant d’un handicap comme mes deux talentueux amis malvoyants. J’espère que les avancées que permettent les TIC aideront à combler le fossé numérique, non seulement pour les personnes aux bas revenus mais aussi pour celles qui souffrent de problèmes physiques.

Sur le blog ICTDev Dot Org, nous pouvons lire l’histoire de Dipendra Manocha, développeur de logiciel qui a créé un lecteur d’écran open source [en anglais] en Hindi et dans d’autres langues d’Asie de l’est.

L’informatique n’ayant pas été développée seulement pour les personnes fortunées, Dipendra Manocha a souhaité permettre de lire et d’écrire à des personnes qui jusqu’ici n’avaient pas les moyens de le faire. Disposer des médias accessibles à tous est un idéal, non seulement pour les handicapés, mais aussi pour le grand public, de manière à que l’information et les connaissances soient partagées à niveau international. Cette technology est en train d’être introduite au Sri Lanka, au Bangladesh, au Pakistan, au Népal et en Inde, créant de nouveaux défis lorsqu’il s’agit de travailler avec 22 langues, en tenant compte des différences géographiques et culturelles. Dipendra Manocha se consacre entièrement à faire de la technologie un moyen de participer au partage mondial des connaissances humaines au sein de la société de l’information. En développant des produits Le fait qu’il se concentre sur des produits bon marchés et open source font de son travail quelque chose de facile à reproduire.

S'il a été possible de trouver de nombreuses anecdotes et billets sur le rôle que jouent les TIC dans l’accès aux nouvelles technologies pour les personnes handicapées, ce n'a pas été le cas concernant les statistiques détaillant la pénétration des TIC parmi la population des personnes handicapées. Les participants à la conférence qui s'est tenue à Harvard ont discuté des mérites des entreprises privées, des gouvernements et des organisations internationales qui soutiennent le développement des TIC. Toutefois, nous ne savons pas encore qu'est-ce qui pousse à utiliser les TIC dans ce domaine, ni dans quelle mesure les TIC favorisent le développement humain pour les personnes souffrant d’un handicap. Si vous avez un avis sur la question, nous vous remercions de nous en faire part.
Lu sur globalvoicesonline.orgglobalvoicesonline.org

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