Jacques Duhamel, sclérosé en plaques aussi!

Publié le par Handi@dy

"Jacques Barrot : « Il avait les qualités pour présider un jour la République »

le 02.10.2009

/ Photo Le Progrès

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Vous avez été proche de Jacques Duhamel. Quel souvenir gardez-vous de l'homme ?

La rencontre avec Jacques Duhamel a éclairé toute ma vie politique. C'était un leader très attachant qui avait su créer une équipe autour de lui, toujours avec modestie et un grand respect des autres.

Chez cet humaniste convaincu, l'Être l'emportait sur l'Avoir et plus encore sur le Paraître.

Je garde le souvenir de moments de merveilleux échanges.

En quoi selon vous a-t-il été précurseur dans l'action culturelle française ?

J'ai retenu de lui cette phrase remarquable : « La culture doit aider une journée de travail à devenir une journée de vie ».

A ses yeux, il valait mieux sauver 1 000 monuments pour 50 ans que 50 monuments pour 1 000 ans. Il a ainsi sauvé beaucoup de monuments historiques de nos villes moyennes. Pour lui, la culture, c'était la vie. C'est ainsi qu'il procède à la décentralisation et la déconcentration de la vie culturelle française. Il essaye de penser à tous les Français et d'accompagner un maximum d'efforts culturels partout sur le territoire.

Quels rapports entretenait-il avec le monde culturel ?

N'oublions pas que nous sommes dans les années 60-70 ; Jacques Duhamel prône la nouvelle société et surtout veut éloigner la politique des conservatismes. Il appelle la droite à plus de tolérance.

Il pense alors contractuel et partenariat, associe les artistes et les intellectuels. Il ne tente jamais de dominer ni de s'imposer, il agit pour diffuser la culture. C'était dans sa façon d'être et de penser, aimant par nature l'architecture, la peinture et la musique.

Et avec le monde politique, et notamment Georges Pompidou auquel il s'était rallié, le courant passait-il ?

Sa relation avec le Président était confiante malgré le raidissement de certains dans l'entourage de Pompidou.

Jacques Duhamel est un doux, ferme dans ses convictions, mais pas un mou. Il a appris d'Edgar Faure le pragmatisme même si l'on doit reconnaître que leurs deux personnalités étaient très différentes. Son destin est inachevé. Il avait les qualités pour présider un jour la République.

Entre Duhamel et Dole, c'était une histoire d'amour ?

J'ai accompagné un soir Jacques Duhamel en gare de Lyon à Paris où il prenait son train pour Dole. Il était souffrant, déjà très diminué par la sclérose en plaques qui le rongeait. Je n'oublierai jamais ce moment. Dans sa détermination, jusqu'au bout, on savait qu'il voulait faire de sa ville quelque chose de bien.

Duhamel était un Européen. Ne serait-il pas déçu de la faiblesse de l'Europe de la Culture en 2009 ?

L'instauration des Capitales européennes de la Culture lui aurait semblé une mesure allant dans le bon sens. Tout comme le programme Erasmus qui permet à nos jeunes de s'ouvrir aux autres. L'Europe va d'ailleurs aller encore plus loin dans ce sens pour les années qui viennent.

Propos recueillis par

Fabrice Veysseyre-Redon

Jacques Barrot, plusieurs fois ministre de Valéry Giscard-d'Estaing et Jacques Chirac, est aujourd'hui vice-président de la Commission européenne. José Manuel Barosso lui ayant confié le portefeuille de la Justice. Il préside par ailleurs le Festival international de Musique de la Chaise-Dieu.
 

 

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