Le stress d'un essai nucléaire déclencheur d'une SEP?

Publié le par Handi@dy

Essais nucléaires : les oubliés de la Grande muette

 
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Ils ont au moins deux points communs : le goût de la vérité et le besoin de reconnaissance. Depuis des années, ils se battent pour que soit admise et indemnisée leur exposition aux radiations provoquées par les 210 essais nucléaires que la France a conduits de 1960 à 1996. En mai dernier, encore une fois, la Justice a rejeté les demandes de douze anciens militaires malades.

Quasiment dans le même temps, le gouvernement finissait par reconnaître la responsabilité de l’État en acceptant que soit votée une loi d’indemnisation. Ce projet a été voté en première lecture et, déjà, la frilosité d’antan que l’on croyait fissurée s’y insinue à nouveau. Façon de dénigrer l’histoire de ces hommes qu’on a bien souvent laissés s’exposer sans les prévenir.

Jusqu’à 7 %
 
« À l’époque, on était jeunes et les blagues de soldats couraient les rangs. On disait
que l’armée faisait bien plus de propagande anti-MST (maladies sexuellement
transmissibles) que d’information sur la radioactivité », témoigne Michel Le
Courtois, 62 ans. « On disait aussi qu’à l’armée, on pouvait se permettre jusqu’à
7 % de perte humaine... » « J’avais 18 ans, je faisais mon service dans la marine, en
1966 dans le Pacifique. Au début, je ne connaissais pas mon ordre de mission. Mais je me souviens d’avoir assisté sur le pont, torse nu, à la première explosion atomique
française dans cette zone, au loin. Juste avant la fin du compte à rebours, à -4, on nous
a demandé de nous retourner. On a senti le souffle. Quand j’ai déclaré mon lymphome en 2000, j’y ai pensé mais les médecins que j’ai vus n’ont pas voulu admettre
de lien. Ils voulaient des preuves. Durant trois ans, j’ai subi chimiothérapie,
accidents vasculaires cérébraux et infection nosocomiale... »

« Le gouvernement attend-il que les gens vieillissent pour enterrer l’affaire ? », s’interroge Michel. Mais lui, il veut être reconnu maintenant. Aussi, en 2007, a-t-il décidé de réaliser un périple pour aller à la rencontre des autres personnes contaminées. Avec sa femme, Odile, il a parcouru durant 12 jours le chemin entre la Bretagne et la Méditerranée. En 2008, ils ont effectué Bordeaux-Agde par le canal du Midi. En 2009, ils ont suivi la route de Compostelle. « À chaque étape, nous avons été accueillis par des membres de notre association, l’Aven (1). La presse locale parle de nous. De nombreux membres sont si malades qu’ils sont isolés. Ces démarches leur permettent d’être entendus et entourés à leur tour. Nous marchons pour eux. »

Reggane

« Je fais partie de ceux qui ont accueilli Michel et Odile dans les Landes », poursuit Louis Picornelly, 62 ans, président de la section de la FNATH (Fédération d’accidentés de la vie et de victimes du travail) de Roquefort. « C’est une démarche qui visait à protester contre ce qu’on a nous a fait subir au Sahara », ajoute cet ancien appelé du 6e Rima. « Je suis arrivé là-bas, juste après le dernier essai français. On s’occupait du gardiennage avec la Légion étrangère et personne ne nous a avertis de quoi que ce soit. » Louis souffre d’une hépatite auto-immune dont il ignore la cause. Il doit subir une greffe de foie. « Ma maladie a été découverte en 1991. D’autres de mes camarades de service déplorent des soucis de santé. L’un d’entre eux doit avoir une opération du coeur. Un autre est en dialyse. » « À l’Aven, parmi nos adhérents, on retrouve des taux de cancers bien supérieurs à la moyenne dans les tranches d’âge équivalentes, précise Michel Verger, son président. On retrouve aussi des maladies cardiovasculaires. Pour ma part, je suis sous traitement depuis 20 ans pour une hypertension. » Michel Verger, 70 ans, a fait son service militaire en Algérie, 27 mois dont une bonne partie à Reggane qui était une base atomique. Servant dans la poste aux armées, il n’avait pas été informé des activités militaires de cette base. « Je ne l’ai appris qu’une fois sur place, et un peu par hasard. »

Gerboise

« J’ai pu assister aux deux premiers essais nucléaires, aériens, Gerboise bleu et
Gerboise blanc, poursuit-il. Le premier a eu lieu le 13 février 1960 à 7 h 04 très exactement. Il était quatre fois supérieure à Hiroshima. Vous me croirez ou non, mais si, à l’époque, nous étions nombreux à réaliser la dangerosité de ces bombes pour la puissance qu’elles dégageaient, en revanche, comme nous repartions en apparence indemnes, nous n’avions pas conscience qu’il s’agissait aussi de bombes à retardement qui produiraient leurs effets dans nos corps des années plus tard. »

« Les États-unis, eux, ont offert de réparer les dégâts dès 1988. Ils ont accepté d’indemniser les personnes irradiées suite à leurs essais, dans un rayon de 700 km autour des sites d’explosion et en appliquant une liste de pathologies reconnues. Les Français qui s’orientent enfin vers une loi d’indemnisation ne sont pas aussi ouverts. »Michel est déçu par le projet voté en première lecture. Il devrait être adopté d’ici la fin de l’année. « Déjà, on remarque que tout est verrouillé. On nous oppose le secret défense et le secret médical. Les personnes seront étudiées au cas par cas. Il n’y a pas de présomption d’imputabilité. Le gouvernement a la main sur la décision finale. Si on est fumeur, on risque d’être débouté d’office... alors que l’armée dotait ses hommes de tabac dans le paquetage de base. Une liste de pathologies a été retenue, provenant de l’Onu (Unscear), mais les pouvoirs publics l’ont réduite. Les lymphomes, les maladies cardio-vasculaires ne sont pas reconnus, les maladies de la thyroïde ne sont prises en compte que pour les adolescents ! »

Sclérose en plaques

Jean-Noël Jacopin, 59 ans, lui, a fait son service militaire à Mururoa, comme électricien. Il a vécu sur l’atoll durant 9 mois et assisté à plusieurs essais atmosphériques. « On travaillait au point zéro, au blockhaus qui dirigeait les tirs. On recevait des codes pour nous avertir que l’essai allait avoir lieu bientôt. On évacuait. On tournait le dos. Il y avait l’éclair et, seulement après, la détonation. La bombe explosait depuis un ballon. Elle était située à 20 ou 30 kilomètres de nous. On ne pouvait pas s’échapper bien loin. Le sujet restait tabou. » Jean-Noël dit qu’il a ressenti les symptômes de sa maladie dès cette époque. « J’avais des hauts et des bas. Des coups de fatigue. Mais ça ne suffisait pas pour attirer l’attention. »En 1975, le diagnostic de sclérose en plaques a été posé. Et dès 1980, il a été classé en invalidité catégorie 2. « Mis sur la touche avec une petite pension ! Ce n’est pas l’armée qui me paye mes 525 euros par mois, ce sont les Français qui payent pour
elle. »Il a tenté de demander une pension auprès du ministère des Anciens combattants,
mais en vain. « Le plus incroyable, dans l’affaire, c’est que, en tant que réserviste, on m’a demandé de rejoindre l’armée durant quelques jours en 1978 sans même tenir compte de ma maladie ! »


Pierre LUTON

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