10. Le jour des internes.

Publié le par Handi@dy

Bon, le jour des internes, c'était tous les jours sauf le week end! Et cette année-là, ils étaient brillants tous les deux. Ils sont d'ailleurs tous deux neurologues à présent, le gars, V., en EMG, et la jeune femme, Marie, est ma neurologue depuis le décès du Pr Warter, survenu il y a quelques années. C'est elle qui la première a parlé de SEP, puis l'a confirmée. V., un hurluberlu pas très beau, lunetté et chaussé de pompes Méphisto avec des semelles épaisses et bruyantes. On l'entendait venir de loin sur le lino du service! Avec ma voisine de chambre, Mme K., on le guettait en se marrant: elle disait: "Ah voilà le V. qui arrive!". Et on pouffait!
V. a assisté ma neuro, Marie, le joue où elle m'a fait ma seconde PL (j'en ai eu 7 si on compte la première ratée). Il tendait les tubes pour recueillir le liquide rachidien. Je lui ai demandé de me raconter des trucs, mais pas drôles, pour m'aider. Il en a été incapable! Bloqué, coincé à mort!
Ma toub, elle, se marrera! Elle me fera une PL sans douleur, comme les suivantes. Très douée! La troisième PL, elle avait la bouche pleine, revenait de la cantoche de l'hosto. Zen! Pas ratée la PL.
L'équipe de Warter a bien compris ma détresse et me proposera de laisser la porte de notre chambre ouverte: on avait vue sur la salle de soins (je crois qu'on nous a mises là, moi en cas de re crise de douleurs atroces, ma mamie de voisine en cas de re avc!) et on commentait tout, comme des mégères! Ca occupe!
Une vive complicité amitié se nouera entre ma mamie voisine et moi: Alsacienne, elle était fan de foot allemand et on regardait des matches ensemble: elle connaissait le nom de tous les joueurs, et leur vie de famille ou privée... et ne se privait pas de m'en conter!
Elle hurlait en cas de but, insultait, comme au stade! Un régal!
Quand passait la kiné, elle s'eclipsait. J'appréciais.
Avec notre neurologue commune, tout se passait très bien.
Sauf que pour moi, le mystère était toujours complet, ils ne trouvaient pas.
Résultat de la première PL: inflammation très grave, mais pourquoi? En tout cas, je ne souffrais pas, déjà ça! En même temps, paraplégique, ça laisse peu demarge pour la douleur!
On a voulu me faire passer une IRM (au CHU): je me réjouissais, en attente d'une révélation! Eh bien moi qui n'avais pas de problème en scanner, j'ai été incapable de rentrer dans le tube: claustrophobe!!! On m'a ramenée dépitée au service, pris un nouveau rdv dans une autre IRM à l'hosto civil, on me médicamentera avant pour me détendre.
Sauf que... Je suis trop grosse et comme le tube est tout étroit, je ne rentre pas. Je suis sous atarax, zen et dis au manip: "Allez-y, je n'ai pas peur, vous pouvez me couper en rondelles, je ne bougerai pas!" Mes mots ou l'étroitesse du tube ont fait annuler l'examen: il aurait fallu me désincarcérer avec les pompiers si ma zénitude ne durait pas. Sans atarax, j'avais l'impression horrible qu'on m'enfonçait dans un cercueil trop petit, je pensais mourir!
Retour au service, bredouille! Déception! Les examens faits, PL et sang, sont partis à Paris et il faudra attendre des semaines, le temps qu'ils mettent ce qu'ils ont trouvé en culture en labo...
On a vite exclu la maladie de Lyme. J'avais subis un interrogatoire: avez-vous été à l'étranger récemment, dans un pays chaud ou exotique? Nan!
L'Allemagne?! J'avais vécu normalement. J'ai signalé que je venais de prendre plein de vaccins, mais personne n'a bronché!
On ne m'a pas demandé ce que je mangeais ou buvais, ni si je fumais.
J'avais du mal à rester au lit 24h/24! La nuit, je ne dormais pas, je lisais ou écoutais mon walkman au casque. Méditais.
Pour l'IRM, j'insiste: en Allemagne, il y a plein d'obèses, je veux bien y aller pour qu'on trouve enfin ce que j'ai! Mais les accords santé en Europe ne fonctionnaient pas! La kiné plaisante! Raconte qu'il y a bien des ITM vastes, pour animaux! Pas fâchée, je souris et saute sur la nouvelle: ben oui, allons-y, je veux bien, moi, passer entre une vache et un cochon, aucun problème! J'imagine même la scène et ça me fait rire!
Mais l'équipe sera choquée, le Pr dira: "Mais non, vous n'y pensez pas! On ne peut pas vous faire ça!" Je dirai: "Mais si euh! Je vous signe une autorisation décharge et on y va!"  Résultat, on n'y est pas allés et j'ai dû attendre la nouvelle IRM avant qu'on puisse découvrir les... plaques!
Les toubs, infs, ashp et co sont des anges, on m'occupe, me chouchoute: il est vrai que vu mon état, ça fait du bien!
Mon interne neurologue, Marie, sera de garde un week end et elle me proposera de la faire appeler la nuit si je m'ennuie ou si j'ai peur. Elle sait que je ne dors pas, tout le monde le sait. J'en serai très touchée et émue mais... ne l'apellerai pas. Je me gère. Comment? Suite au prochain épisode!

Commenter cet article