Cécile, SEPienne, ex championne de BMX, témoigne dans son livre "la guerre des nerfs"

Publié le par Handi@dy

La sclérose en plaques m’a coupé les jambes.

Par Cécile Hernandez-Cervellon.

Le jour où...

En m’extirpant du lit à la sonnerie du réveil, je me retrouve à terre. Mes jambes ne répondent plus. Pire, elle ne sentent plus rien. Je les griffe, je les masse. Rien. La panique m’envahit. Le corps de la sportive que je suis est victime d’un démon invisible qui, à 28 ans, le terrasse. En 2002, pour moi, une nouvelle vie commence.

Nous sommes le 21 octobre 2002, il est 8 heures du matin. Je m’octroie une grasse matinée après ce week-end merveilleux passé avec Frédéric, mon petit ami. En plus, depuis deux semaines, j’éprouve une certaine fatigue, je me couche tôt et décline des rendez-vous. Attitude inhabituelle pour une sportive comme moi. Sûrement un petit passage à vide !
Une puissante sonnerie me réveille brutalement. C’est le téléphone, qui est dans la pièce à côté. L’esprit embrumé, je m’extirpe du lit machinalement mais je tombe violemment, dans un bruit sourd et cognant. Affalée sur le carrelage, je ne comprends pas ce qui se passe. Je tente de me relever, j’essaie de m’accrocher au matelas, d’empoigner le drap, mais je tombe encore. Je songe à une espèce de torticolis des jambes ou je ne sais quoi, provoqué par un coup de froid dans le dos durant ce week-end ! Sauf que ce carrelage, ce sol d’habitude si lisse et si glacé, je ne le sens plus. Je tressaille, la panique s’empare de mon corps désobéissant.
Cela fait trente secondes que je suis immobilisée. Je touche mes jambes, les pétris. Elles ne sentent pas la paume de mes mains. Je hurle. Frédéric se réveille en hâte, fait le tour du lit et se précipite vers moi. Je gis là, par terre, avec mes 47 kilos qui pèsent des tonnes. Je ne comprends pas, et je ne cherche plus à comprendre, j’essaie juste de me tenir debout. De me lever comme je le fais tous les jours, instinctivement. Frédéric frotte mes jambes pour tenter de redémarrer mon corps figé. En vain. Il panique et s’effondre en larmes. Je crie à mon tour. La peur nous gagne. « Ma chérie, je t’en supplie, si tu m’aimes, bouge les jambes ! » Impossible. La panique se mue en crise de nerfs apocalyptique. Je tremble, je claque des dents. Frédéric glisse ses mains sous les deux morceaux de bois qui me font office de jambes, me hisse sur le lit. Je ne sens pas le drap. Il se jette sur le téléphone et alerte les pompiers, le Samu, notre généraliste et mon frère. Je déambule dans un cauchemar éveillé.
Le médecin arrive dans le quart d’heure. Il effectue les premiers examens. Tension, yeux et surtout les réflexes les plus élémentaires, auxquels, en temps normal je réagis un sourire en coin, habituée aux réactions les plus fines de mon corps et à ses performances.
Les résultats des tests sont effroyablement probants. Direction immédiate l’hôpital. Après m’avoir administré des calmants, deux ambulancières m’installent sur une chaise adaptée et descendent difficilement l’escalier en colimaçon ; je suis complètement à la verticale. Dans l’ambulance, une sensation de nausée s’empare de moi. Un lundi cauchemardesque et incompréhensible succède à un week-end formidable. Aux urgences, les premiers examens ne se déroulent qu’en fin de soirée. Je suis si stressée et défaite que les aiguilles se fracassent contre ma peau. La crise de nerfs s’amplifie. Mes dents continuent de s’entrechoquer. Frédéric est allongé sur un matelas de fortune, me disant : « On va s’en sortir. » Ce « on » ne suffit pas à me rassurer. Je maudis tout. J’ai de l’aigreur, de la colère, de l’incompréhension, un sentiment d’injustice. Je ne supporte pas la caresse de son index sur le dos de ma main et la retire violemment en éclatant une nouvelle fois en sanglots. Je pince et griffe mes jambes avec fureur, sans succès.
On me réveille aux aurores. Ce mardi, une IRM cérébrale décèle des plaques au cerveau. Le jeudi 24 octobre, à 19 heures, le verdict tombe : « Vous avez une sclérose en plaques. » Des termes sans aucune résonance dans mon esprit. Je ne retiens que le mot « plaques » et m’imagine une maladie dermatologique, une espèce de dépigmentation. Mais quel rapport avec l’impossibilité de marcher ? D’habitude si confiante, grande gueule, franche, je n’en mène pas large, là, emprisonnée dans un fauteuil roulant. Disparue cette carapace, cette armure de blonde autoritaire. Dans le couloir, j’aperçois maman qui se mord la lèvre inférieure, unique animation sur son visage décomposé. Elle est aussi blanche que la blouse des médecins, mais elle ne craquera pas devant moi.
On me fournit un classeur présentant le mal et ses symptômes, comme si je devenais membre d’un club effrayant. Un catalogue d’horreurs ! La sclérose en plaques, maladie incurable, dégénérative, la SEP, comme disent les malades. Qui sape tout, oui ! Une maladie neurologique chronique qui atteint le système nerveux central et paralyse, lors de crises appelées « poussées », certaines parties du corps. Pour ma part, ce sont les membres inférieurs. Seules armes, la cortisone et un traitement de fond jusqu’au jour où on trouvera un remède. J’ai la forme récurrente de la maladie, avec des phases de rémission. Tous ces termes scientifiques ne peuvent dissimuler qu’il s’agit ni plus ni moins que de l’incursion d’une saloperie de démon invisible qui ronge mon corps, hier si souple et si agile. J’ai alors 28 ans, une nouvelle vie commence.
Et, pourtant, dans ce tunnel, il y aura tout de même un soleil. En 2007, je suis devenue maman.

Cécile Hernandez-Cervellon est née en 1974. Elle a pratiqué le BMX, discipline très acrobatique de vélocross, au niveau national et international. Elle crée en 2001 une société spécialisée dans le consulting sportif et événementiel. Depuis l’apparition de sa maladie, elle continue d’organiser chaque année le Festival alternatif des sports tendance (BMX, skate, breakdance...), dont la dernière édition a rassemblé plus de 35 000 visiteurs. Mère d’une petite fille de 6 mois, elle vient de publier sa biographie, « La guerre des nerfs », aux éditions du Rocher.

 

***Cécile est dans ma liste d'amis myspace, je commence à échanger avec elle. il va sans dire que son livre est commandé, que je le lirai et résumerai ici.

 

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Cécile 02/05/2009 19:05

M E R C I à tous pour vous chaleureux commentaires.A bientôt.Cécile

Handi@dy 03/05/2009 11:39


Merci CECILE, d'être passée! Bonne continuation à toi! :0010:


La galette 27/03/2008 23:01

Impressionnant ce témoignage ............  grosse claque dans la g........ pour nous "les valides" avec nos petits bobos .....  bluffée ............  émue AUSSI!

Handi@dy 30/03/2008 17:58


Tout à fait de ton avis! La manif du 29 prend tout son sens quand on lit son témoignage. BIZ


christine 27/03/2008 19:14

Arrrgh... c'est un texte qui parle (crie, hurle) et c'est bien.Hors-sujet si ce n'est, hélas, la maladie : je viens de lire que la jeune Lucie, de la Star'Ac a été récemment opérée d'une tumeur au cerveau. Ca fait mal de penser à tous ces jeunes qui entrent dans la maladie et/ou le handicap à l'âge où les autres font la fête.

Handi@dy 27/03/2008 21:42


Vi!

Lucie....?... Me rappelle pas, n'ai pas dû regarder! Pas trop mon truc la star'ac! En tout cas, c'est hyper moche, pas juste, à hurler! Espérons que ce soit opérable! Et qu'elle guérisse
sans trop souffrir! Chienne de vie...
:0010:  encore mille choses à faire, les articles de samedi à préparer, j'ai un blog souvenir en travaux aussi (c'ets là qu'on se vautre ou qu'il y a la baston pfff). Les textes des
chansons à transcrire et imprimer, mon sac à remplir, mon en cas équilibré à cuisiner... Bref! Samedi matin j'arrive à la délégation en roues (5mn maxi) entre 6h et 6h30, selon ma forme
(suis attendue à 30 mais serai là avant), puis hop dans la Kangoo direction la gare et hop, transfert sur siège avec le mini siège central spécial... Dormir, faut que je parvienne à
dormir!


Vanessa 27/03/2008 18:35

C'est un texte fort, je m'y suis bien retrouvée! En plus, j'ai à peu près le même âge que Cécile, et aussi le même âge de diagnostic... Mais pour une sportive comme elle, ça a dû être particulièrement dur de perdre le contrôle de son corps.  Au début elle a dû avoir l'impression qu'il ne lui restait plus rien. Mais je vois dans sa bio qu'elle a su se reconvertir, bravo à elle!

Handi@dy 27/03/2008 21:33


Oui, hein! Elle a l'air très intéressante! Dynamique etc... Il faut que je retourne commenter son blog d'ailleurs... BIZ