Lourdes: le miracle qui n'a pas eu lieu! Quoique...(fin)

Publié le par Handi@dy

Petit zoom arrière sur un détail de taille!Bernadette-soubirous-2-publicdomain.gif
Je vous racontais comment j'avais "pris l'eau" à Lourdes. Ce que j'ai omis de préciser, c'est un phénomène très particulier qui se produit quand on sort de là: on sèche instantanément (sauf les cheveux et les vêtements). Est-ce l'air sec de la région? Mystère... Mais je me rappelle que ce phénomène m'avait déjà été rapporté par ma famille quand elle racontait notre voyage passé.

Me voilà donc le soir de cette journée riche en émotions. Après réflexion, j'avais pris conscience de plusieurs choses: l'importance des rites dans cette religion. L'importance de la parole (prières, etc...). Je décidai donc de me plonger dans la lecture de la biographie de Bernadette Soubirous. "Mamie" de ma chambrée, qui avait pris son bain le même jour mais sans faire de fixation sur SA guérison, m'apportait tel ou tel éclaircissement sur demande. Je lus par exemple qu'un certain ami de Bernadette avait dû reprendre l'eau plusieurs fois avant de guérir son oeil. Bernadette explique bien qu'il faut boire et se baigner dans la source. La précision me paraît importante. Je lis qu'elle-même avait été très malade à la fin de sa vie et n'avait pas guéri mais était décédée dans de fortes souffrances, sa foi et son état d'esprit lui ayant donné la force de tenir bon malgré la douleur. J'apprenais...
Lorsque j'estimai avoir assez lu, dans l'obscurité, le ronflement maintenant familier de "mamie" me berçant, je me suis mise à réfléchir: je n'étais pas catho et n'avais donc pas prié la Vierge, car dans ma religion, c'était un blasphème. Or, si je souhaitais pouvoir bénéficier d'un miracle éventuel, la moindre des choses était d'établir un contact. C'est en priant Dieu, celui de mes parents protestants, que j'ai trouvé la solution: je m'en remettais à lui, m'excusant d'établir le contact si cela ne lui agréait pas. Je m'en remettais à sa volonté puisque sans son aval, pas de guérison... C'est LUI que je priai avant tout, en lui annonçant que j'établirais un contact de parole avec la Vierge, mais sans la vénérer. Compliqué, hein? Mais bon, c'est le seul compromis acceptable que j'aie trouvé. Alors, j'ai pu lui parler, à Elle. La Vierge. Simplement, comme on parle à sa maman. Je lui ai expliqué ma peur, ma souffrance, mon dilemme, mon problème de conscience, mes doutes, ma croyance en pointillés. Mon besoin d'aide. Mon opportunisme (dont je m'excusai): tenter le tout pour le tout, foi ou auto-suggestion, coeur ouvert et sincère. Sans peur d'être mal comprise ou jugée. Je me savais sincère. Je lui expliquai que je parvenais à lui parler, mais que mes prières resteraient vouées à Dieu. Ce qu'elle devait pouvoir comprendre et apprécier! Puis, je m'endormis.
Le lendemain, O. vint me chercher. J'étais déjà prête, mais pas encore transférée au fauteuil. J'effectue mon transfert, O. pousse un cri: "Un miracle! Tu es debout!" De peur, je manque de tomber! Ce que O. prenait pour une position debout était une verticalisation de transfert, en appui avec les bras et le corps sur la table de nuit, le temps de pivoter et de retomber sur le fauteuil. Je la calme, lui explique que c'est ma technique habituelle, apprise en rééducation fonctionnelle, rien de nouveau! Que si je lâche une main ou l'appui du corps sur la table, je m'écroule, n'ayant aucun sens du sol ni de l'équilibre. Elle reprend ses esprits, encore sous le choc, puis on rit toutes les 3! Mamie, elle, connaissait ma manoeuvre! A peine remise de ses émotions, O. me pose la question fatidique: "Tu reprends le bain aujourd'hui?" "Oui." Et m'apprend qu'elle a discuté la veille avec ses collègues, que l'un d'eux nous oriente vers une entrée où son épouse travaille au bain comme bénévole. En assurant que c'était moins speed et moins stress que chez les Italiennes. Chère O.! Elle avait vraiment pris à coeur mon bien-être et s'était décarcassée pour trouver une solution! Seul couac: pour retourner à la source, il fallait "sécher" la messe. Alors...on a séché la messe! J'ai bien dit à O. que j'étais capable de me débrouiller seule, qu'elle pouvait y assister, mais rien à faire! Et nous voilà reparties! Un homme nous a fait signe, nous reconnaissant, nous indiquant une file. En patientant, j'expliquai à O. ce que j'avais lu la veille et comment j'avais prié, établi un contact... Elle a réalisé à ce moment-là à quel point l'effort que je concédais était grand. Ce qui était naturel pour elle était une montagne pour moi. Elle a approuvé, émue. Ca y est, c'est mon tour. Civière. Civière creuse. Des Italiennes et une Française. Mais ici, tout est différent. On me traite avec douceur et lenteur. On me demande si je veux prier. Je dis oui et m'intériorise, ayant préparé des paroles pour ne pas être longue. J'ouvre les yeux. On apporte le linge plongé dans la source. Cette fois-ci, il est détrempé! Je montre les zones lésées de mon corps; on y verse de l'eau. Je mouille ma tête (cerveau, moëlle épinière, la sclérose en plaques). Une Italienne approche de moi sa vierge de plastique mais je secoue la tête. Elle n'insiste pas. La Française me sourit: "Ca va?" Je dis oui de la tête. Calme, sereine. O. est aux anges. Je suis bien. On m'ôte le linge, on m'enveloppe dans une couverture sans me sécher (à quoi bon, on sèche tout seul en un éclair pfff!). On sort. O. m'embrasse. Le monsieur qui nous avait indiqué la file aussi. Puis des inconnus. LOL! M'enfin! On s'éloigne. O. m'explique que j'ai l'air de rayonner. Bref, on lit sur mon visage que quelque chose s'est passé. Ca a impressionné les gens. Je suis plus terre à terre moi! Je dis me sentir bien, mais pas illuminée! Je sèche instantanément. Le soleil brille, on en profite pour faire une grande balade autour du site. On parle peu. Pas besoin.
Je croise MR qui a repris un bain elle aussi. Je crois qu'elle en a pris 4 en tout. Toujours fébrile, dans le sillage de son abbé.
Désormais, je sais que j'ai fait ce qu'il fallait et me sens libre. Libre de profiter sans stress du reste du séjour. Des scouts nous cherchent l'après-midi pour nous emmener dans l'Eglise souterraine. Il y a la Chapelle, l'Eglise souterrraine, une cathédrale... Bref, je n'ai pas trop compris le sens de toutes ces constructions, mais j'ai suivi le mouvement pour observer. Mon scout en est à son premier pélé. 16 ans si je me souviens bien. Un peu snob. Au moment de me pousser, je bloque les freins, ce qui ne lui facilite guère la tâche. Je suis aussitôt imitée par quelques autres handis malicieux. Une première manip de fauteuil, ça se bizute! Les jeunes désemparés poussent de tout leur poids, et nous pouffons. Puis, on leur explique la farce. C'est donc dans des éclats de rire que la petite troupe arrive devant l'entrée. Nous aurons également droit à un petit pique-nique récréatif organisé par les jeunes. Puis, le soir, procession aux flambeaux. Nous sommes intégrés à un cortège. Sur notre passage, l'émotion me gagne car les valides, touristes et autres nous bénissent, nous souhaitent la guérison. Tant de bons voeux et de bonnes vibrations ne peuvent que toucher.
Au retour dans la chambre, je vois bien que O. et mamie me scrutent, comme si j'allais sauter d'un moment à l'autre de mon fauteuil. Mais O. finit par nous laisser. Je sais que la nuit sera longue; trop d'émotions à digérer. D'abord, il y a cette excitation due à la lecture de témoignages de miraculés. C'est le plus souvent la nuit qui suit le bain qu'ils se sentent poussés à se lever, certains entendent même une voix qui leur dit de se lever! Dans quelques rares cas, cela se passe une fois qu'ils sont rentrés chez eux.
Je suis à la fois contente du déroulement de la journée, mais aussi effrayée de ce qu'il pourrait se passer cette nuit. Comment réagirais-je?
En même temps, je repense aux jours écoulés, et je revois les personnes auxquelles je me suis attachée. Notamment les 2 jeunes handis. Handicap mental et physique. Je revois cette maman usée, fatiguée mais qui n'abandonne pas, espère chaque année pour son enfant. Je me dis que ce miracle-là aiderait plus d'une personne! Au fil de la nuit, ma peur de l'événement mystérieux, miraculeux, se mute en prière: et l'inattendu se produit: je renonce. Je lâche prise. Je n'ai plus besoin de guérir ainsi. J'ai tant trouvé déjà! Affection, solidarité, amitié, espoir... D'autres ont besoin, plus que moi, de guérir. Mes 2 petits jeunes à qui je le souhaite de tout coeur, et mes prières vont dans ce sens, mais aussi mamie, MR, ou telle handi grabataire à peine aperçue vu son état. Je mesure ma chance. Et je cède ma place, à supposer que j'aie été, peut-être un instant (ouh que c'est présomptueux!) sur la liste d'attente du Très-haut! Contente, je m'endors.
Le lendemain, je suis un peu malade, rien de grave. Cela passera bien vite. La chaleur peut-être. O. est inquiète, mais je la rassure: j'ai passé une bonne nuit, courte, mais parfaite. Elle me demande: "Alors?!" Je lui souris. Les choses ne sont pas aussi simples. Le moment n'est pas venu de lui dire que j'ai renoncé.
Comme je suis encore un peu barbouillée, O. décide qu'on resèche la messe du jour (aurais-je une mauvaise influence sur elle?!) et m'emmène visiter la ville. Ce qui m'arrange car j'ai du shopping à faire. Quand O. me demande "où?", je réponds "marchands du temple". Elle comprend et m'emmène dans un grand bazar où on peut acheter tous les articles lourdais en rapport avec la Vierge. Je trouve vite le chapelet en bois demandé par mon meilleur pote gay (qui est croyant et catho lui, eh oui!). Je fais un stock de petites gourdes car j'ai promis à de nombreuses personnes de l'eau de Lourdes. O. achète un jerrycane (je crains le pire et ai raison, il est pour moi, elle me le remplira d'eau pour mon départ!). Reste à trouver un cadeau pour un collègue du signe "vierge" (alors que ni lui ni moi ne croyons en l'astrologie mais bon, c'est un jeu entre nous). O. participe à ma recherche de la vierge la plus kitsch du magasin. On trouve la même que celle que les Italiennes ont bien failli me faire avaler au bain. Puis, je craque pour un pendentif croix et une médaille, que je finirai par offrir à mon retour à la fille de Supercatho, ma collègue/amie, cambriolée, car sa propre chaîne de baptême et de communion aura été dérobée. Puis, achat de cartes postales.
On s'aventure dans des magasins plus intéressants, on fouine entre des rayons de livres sur la foi (j'en offrirai un à O.), des CD de musique lithurgique (O. m'en offrira un!) etc... Histoire de se nettoyer la tête des objets kitsch vus précédemment. On revient sur le site, O. passe donner un coup de main pour le repas du soir, j'écris mes cartes en compagnie de MR, toujours médusée de ne pas être guérie. On échange avec d'autres handis. J'observe mes 2 petits jeunes du coin de l'oeil, en mâchouillant mon stylo, pleine d'espoir. Je reprie pour eux. Puis pour mamie et MR. Mon coeur balance. Je me dis que si Dieu existe, s'il est celui de la Bible, ce doit être affreux de choisir. On monte sur le toit terrasse de notre "maison". Je goûte la vue de ce paysage farouche, mystérieux.
Lors de ces moments de calme, entre malades, j'apprends à gérer le handicap mental. A ne pas infantiliser quand ce n'est pas indiqué. A trouver des sujets de discussion, même avec ma petite miss qui ne parle que par cris. J'apprends... Je m'enrichis, je grandis. Je me sens bien, en harmonie avec tous.
O. me guette du coin de l'oeil. Après le repas, elle me propose une promenade au bord du Gave. De loin on voit la Grotte. Je dis "Tiens, avec la lumière des cierges, c'est marrant, ça fait un effet d'optique, on dirait que Son visage bouge c'est drôle!" Il n'en faut pas plus à O. qui me ramène à fond de train devant la Grotte! "M'enfin O., c'était un effet d'optique. Là elle ne bouge pas." Je comprends que O. avait besoin que je guérisse. Pour sa foi sans doute. Or, je suis déjà allée dans une autre direction. Je lui explique mon dilemme: ma volonté de voir guérir d'autres personnes l'ayant emporté sur mon propre besoin d'aller mieux.
"Mais et tes opérations?" demande O. la voix brisée. "Ben je verrai bien. En tout cas je me sens mieux armée pour les affronter. Je n'y pense pas là. On verra." Je parle des 2 jeunes handis. De mamie, de MR. De leur besoin d'aller mieux. De leur droit, à eux aussi.
O. est estomaquée et m'embrasse. Pour la faire rire, je me lâche en roues libres sur le pont. Elle cavale à ma suite. On rit et autour de nous dans la douce nuit d'été, les gens se retournent, ravis. Je crois qu'ils ne voient pas souvent une handi se lâcher et rire sur le site!questionde-destin.jpg
Au bas du pont, je bloque les roues. On rit encore. Un beau jeune homme s'approche: "Excusez-moi, est-ce que je peux me permettre de vous parler quelques instants?". Il s'avèrera qu'il s'agit d'un jeune étudiant en théologie qui se destine à la vie monacale. Il est Libanais d'origine, très bel homme (bah oui), et ce soir, il faisait une grosse crise de "foi". Il devait prendre LA décision qui changerait sa vie radicalement et avait eu un doute. On discute. A l'évocation du Liban, je cite la bible "Ah, les cèdres du Liban!". Emu, il pleure, parle de la guerre qui a détruit la plupart des cèdres de son beau pays. Il parle de ses doutes, de sa vision pessimiste de l'avenir. De son engagement aussi. Il nous explique que, découragé et déprimé, ce sont nos rires qui l'ont attiré. Il m'interrogera longuement sur moi, ma vie, comment je tiens le coup. En nous quittant, il dira que nous avons été la réponse à sa prière ce soir-là. Et qu'il rejoindra comme prévu la vie monacale! Mince, j'ai un de ces effets sur les hommes moi! Ce n'est pas le premier! J'avais 2 potes qui ont opté pour la vie au service de la foi, dont un moine, soi-disant grâce à moi! (zut!)
Retour à notre "maison" en face du Gave. Des collègues de O. font leur pause à l'entrée. On papote. O. leur dit que j'avais un ticket avec un beau jeune homme. Je dis: "Tu parles, il se fait moine maintenant qu'il m'a rencontrée! Ca devrait me flatter?" Eclats de rire! J'apprends à mieux connaître les bénévoles. Ils sont épuisés à force de donner d'eux, mais heureux. Je les remercie chaleureusement au nom de tous les malades. Ca leur fait plaisir. On me raccompagne dans ma chambre. Mamie dort déjà. Je dormirai comme une souche cette nuit-là.
Le lendemain, c'est le dernier jour. Une cérémonie dans une des Eglises, une messe dans une autre. Notre évêque a fait le déplacement. Il pleut. On nous munit de capes. Ils ont vraiment tout prévu! Entre les 2 messes, je remplis mes gourdes-cadeaux avec MR. L'eau de la source et l'eau de pluie nettoient mes roues; neuves elles sont gris clair, là elles sont blanches...immaculées! Jamais vu ça! (bon elles ne le resteront pas longtemps!) MR en est sidérée. Elle me raconte la vanne handi des "pneus neufs". (c'est l'histoire d'un handi qui a été à Lourdes. Son pote lui demande s'il a guéri. Il repond que non, mais qu'il a des pneus neufs!)
Dernier regard vers la "Cour des miracles". De nouveaux malades qui arrivent, pleins d'espoir. Je replonge dans mes souvenirs de gamine. Je me dis en souriant que le jour du bain qui a guéri mon cor au pied, j'ai peut-être épuisé mon quota de miracle! J'imagine une sorte de roue de la Fortune (du Destin) qui indique le jour de ma guérison, et la Vierge qui dit à Dieu: "Zut, ce n'est qu'un cor au pied! Alors que dans 31 ans elle reviendra, mais avec une sclérose en plaques! On devrait attendre!" réponse de Dieu: "Je sais, mais le hasard a décidé. Sa chance, c'est maintenant. A prendre ou à laisser. Et puis un cor au pied, ça fait mal quand on a 5 ans! Dans 31 ans, elle se rappellera, et c'est ce qui la fera revenir. Ce jour-là on l'aidera; on improvisera. Mais pas de second miracle." Pfff!
Dernière messe de notre groupe: un grand moment: il est question de mariage. Le curé commence une phrase "après le mariage..." "...le divorce!" crie quelqu'un près de moi: un handi physique et mental, plus tout jeune. L'Eglise rit, un rire qui n'est pas moqueur, mais de bon coeur. On a appris au fil des années, à accepter, à laisser s'exprimer le malade, même mental, sans le censurer, sans le gronder. On l'intègre. j'en suis bouleversée. En même temps, j'ai bien ri! Et ce n'était pas fini!
L'abbé prend la place du curé. Il parle des noces de Cana. J'aime bien cette histoire du premier miracle de Jésus, qui prouve qu'il était un bon vivant généreux. Et là... Etait-ce la chaleur du soleil qui s'était frayé un passage à travers les nuages de pluie? Et dont un rayon arrrivait par une fenêtre vers l'autel? En tout cas, l'abbé devait avoir chaud et soif, car quand il s'est agi de dire "changé l'eau en vin", il a dit "changé l'eau en bière"! Ahhhhhhhh! un grand moment pour notre diocèse alsacien! Là, c'est l'Eglise entière qui est pliée. Et les autres abbés, curés, n'aident pas du tout celui qui a commis la sympathique bévue. Pas en état! Je tente de dissimuler mon fou rire derrière ma feuille de programme, mais c'est difficile: les handis sont au premier rang, nous avons les meilleures places mais sommes du coup, bien en vue! Autour de moi d'autres handis rient de bon coeur sans être gênés. Ils ont raison! Mais je veux aider l'abbé à se ressaisir, le pauvre. Je tente de penser à un truc triste, mais pas moyen. C'est pire: j'imagine la Vierge, aux noces de Cana, habillée en Alsacienne, avec un splendide noeud noir sur la tête, s'adressant à son fiston avec un accent alsacien (celui de mamie je crois bien!): "Ja hop, Jesses, il nous faut encore quelques tonneaux de Kro! Comme tu nous a offert de la bonne bière, je t'apporterai *a stick keskueche!"  (*= une part de tarte au fromage blanc, délicieuse spécialité sucrée alsacienne) Je suis pliée. L'abbé se rattrape comme il peut et la messe continue, avec entrain, avec un rire qui retentit de temps en temps, à force d'avoir été trop réprimé!
A la sortie, O. m'attend, les yeux rougis à force d'avoir ri aux larmes. Nos prêtres sont un peu gênés, mais je les rassure: "On comprend mieux l'essence de l'histoire quand c'est la version régionale. Plus proche de nous!"
Je sens que les rires sont prêts à refuser, alors je tourne mes belles roues blanches!
Le voyage du retour sera à la fois calme, un peu triste (quand on a été bichonné pendant 6 jours!), et spirituel: dans le train retentissent des chants, des prières. Je comprends que certains étaient venus remplir leur gourde d'eau; d'autres, leur coeur, de foi renouvelée. Je me sens si proche de chacun d'entre eux. L'abbé de MR vient se poser chez moi, me demande comment s'est passé le séjour. Il est content. Il m'avoue que pour une raison inconnue, beaucoup de personnes avaient souhaité que je sois la guérison de ce voyage. Il me dit aussi que ma présence elle-même relevait un peu du miracle. Je souris. Je lui dis que j'ai trouvé une autre guérison. Celle de ma peur. Et que j'ai retrouvé ma place au sein des autres: derrière, après eux. L'Autre en avant, en toute modestie. Il écarquille les yeux, serre fort mes mains.
Notre train aura du retard. Nous apprendrons que nous avons dû ralentir à cause d'un autre train devant nous qui fait le même trajet depuis Lourdes, mais qui s'est pris de plein fouet un suicidaire qui s'est jeté sur les rails. Affreux. Un mort... Je me dis que s'il n'y a pas de miraculé, ce sera une perte double.
A la descente du train, embrassades émues, larmes. O. et moi restons en contact, ainsi que la mamie et MR. O. m'indiquera un bon homéopathe pour soulager mes douleurs. On s'écrira, téléphonera. Là, ça fait un peu longtemps, vais me secouer et lui redonner de mes nouvelles! La mamie m'appelle régulièrement. J'appelle rarement, si je suis honnête. J'aime attendre ce geste d'affection, comme une enfant égoïste. Mais je ferai un effort. MR montera un projet avec moi, nous partagerons des sorties, des excursions avec le GIHP.
Mes gourdes ont été distribuées, ainsi que mes cadeaux. Une amie SEPienne mettra sa gourde dans sa vitrine, sans boire, sans ouvrir. Je lui dis avoir de l'eau en stock, qu'elle peut la boire ou se laver avec, mais elle refuse. Peur de ne pas guérir, d'être déçue. Alors que si elle garde l'eau, précieusement, elle se dit qu'elle peut peut-être guérir, et cela lui suffit. Le fait que quelqu'un ait pensé à elle en lui ramenant l'eau aussi.
Quant à moi, j'ai fait le plein d'une sérénité qui durera 1 an environ.
Mon kiné, iconoclaste et athée (déçu de ne pas me voir guérie, car il espérait en la force de mon auto-suggestion!), n'a pu s'empêcher de demander du bout des lèvres: "Et après le bain, y a pas un truc bizarre qui se passe?" Il voulait parler du séchage instantané. J'acquiesce, entre 2 douloureux mouvements d'étirement. Il me souffle à l'oreille: "Mince, alors c'est vrai! Ils le disent tous, mes patients au retour."
Avant la rentrée, nouvel examen médical avant le bilan définitif. EMG des sphincters et parties génitales. Douloureux en partie. J'ai affaire à de gentils médecins. J'ai rdv avec le Professeur Marescaux pour la synthèse. Je suis devant son bureau, anxieuse, en prière. Pour avoir la force. Garder cette force retrouvée là-bas, pas dans la foi, mais dans l'Humain, dans la solidarité, le partage. Force d'accepter le diagnostic, ses conséquences. On m'appelle. Le Pr, très affable, me lit et m'explique les résultats. Confirme qu'il y a descente d'organes avant et arrière, qu'une OP pour les remonter ne servirait à rien vu ma paralysie basse et mon embonpoint. Mais... "Il y a une bonne nouvelle!" dit-il avec un grand sourire "Le diagnostic de risque d'extériorisation est, lui, erroné. Quand vous avez des selles, elles font descendre le sphincter, et elles pèsent contre l'utérus qui descend un peu comme une boule. C'est cela qu'a senti le médecin au toucher rectal et vaginal. Dès que vos selles sont éliminées, le tout remonte. Pas de risque immédiat donc. Reprenez une vie normale, retournez aux toilettes comme avant, sans souci. Aucune raison de pratiquer la moindre stomie!" Je n'en crois pas mes oreilles! J'insiste, pose des questions pour être sûre (l'année passée, j'avais porté une sonde urinaire à demeure avec une grosse poche, avais travaillé avec, en la cachant dans ma chaussette, et pour les selles, on me faisait des lavements à domicile tous les 2 jours, la galère. Je n'avais plus eu le droit de pousser pour exonérer!). Eh pourtant là, tout va bien!
Le Pr. dit en fronçant les sourcils qu'il va contacter le gastro qui a posé bien vite un diagnostic terrible. (en plus en se basant sur un seul examen, un toucher rectal/vaginal) Heureusement que j'avais pris l'initiative de cette consultation privée chez un grand spécialiste!
Sinon, je serais aujourd'hui équipée de 2 sorties artificielles qui m'auraient sans doute fait perdre mon emploi et ma vie sociale, car ma morphologie (ventre) aurait fait que les poches n'auraient pas tenu!
Ouffffffffffffffff!
Au téléphone, O. exulte: "C'est un miracle, tu vois!" Moi, taquine:"Meuh nan, tu sais bien que le miracle, c'est une guérison spontanée et complète!" Mais je comprends que O. a besoin d'y croire. En tout cas je revis!
Double effet kiss cool: sérénité, et nul besoin de passer sur le billard! Que veut le peuple?
Tout va bien et ma vie reprend son cours. Mes collègues sont un peu déçus. Tout le monde me perçoit comme un être avec un mental hyper fort, suffisamment apparemment pour que tous, y compris les athées, aient cru à la possibilité du miracle. Mais ma joie les rassure. Supercatho, farceuse comme moi, ne pourra s'empêcher de me demander "Alors?! Tu marches?" Alors que je suis devant elle, en fauteuil. On éclate de rire!
"Pfff nan, mais j'ai de l'eau pour toi, et j'ai des pneus neufs tout propres!" handicapfr.gif

8 mois plus tard, j'avais l'occasion de retrouver le groupe de Lourdes pour une journée conviviale. Mes 2 petits jeunes y étaient, toujours handicapés. Pas de miraculé cette année-là. Ni officiel, ni officieux.
Avant l'été, on m'avait envoyé un dossier pour repartir à Lourdes; j'ai décliné.
Car j'avais trouvé de quoi me remplir une vie entière.
Une source qui ne se tarirait jamais. Alors c'est avec joie que j'ai laissé la place. MR est retournée. Toujours pas guérie. Mais elle a accepté, à mon contact, d'admettre sa SEP.
Alors, le vrai miracle, il n'est pas lié à la foi, mais à ce qu'il y a de meilleur en l'Homme, et que j'ai goûté lors de ce voyage. Pas de pitié, pas de compassion. Mieux: une attention, une affection sincères. Et je sais qu'elles existent dans toute confession. J'ai appris à ne pas juger trop vite les embrasseurs de vierges en plastique. Il faut voir l'Humain, son coeur, son intention.
A Lourdes, je n'ai pas guéri. Mais j'ai grandi.

*Prenez soin de vous et de ceux qui vous entourent.

***Je dédie ce texte à Poulbot, blogueur, protestant exilé en terre catholique lol, Béarnais,    ex-Parisien, rocker, amateur de la vie et des gens...   
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Handi@dy 20/08/2007 16:24

Merci SoAz. Ce genre de récit n'est pas le quotidien du blog. Il se veut avant tout informatif sur la sclérose en plaques. En tout cas merci de vos gentils mots même si je ne vais plus sur le blog de IO depuis longtemps, puisqu'il a dérapé. @mitiés

SoAz Koukoutic 20/08/2007 08:49

Je lisais souvent vos commentaires sur le blog de Ioana, sans jamais prendre le temps de venir voir votre univers.Je viens de lire votre dernier article et j'avoues que je suis conquise et par votre humour, votre amour du prochain et par votre facilité d'écriture.Je reviendrais avec plaisir vous lire.Bonne journée.SoAz

Handi@dy 20/08/2007 01:30

Merci GUYLENE! En fait, je n'y suis pour rien si l'histoire est belle et émouvante, c'est le hasard qui m'a fait faire de si belles rencontres. Merci beaucoup pour le com! @mitiésMerci POPP'S. Une guérison aurait été géniale, mais je n'aurais jamais su s'il s'agissait de foi nouvelle ou d'auto-suggestion... J'aurais été devant un dilemme spirituel et intellectuel. Contrairement à ce que vous avez compris, les deuils dont vous parlez se sont faits sans douleur à cause du pélé justement, c'était cela le "miracle", la clé du récit D'avoir été pleine de sérénité et de ne pas avoir souffert des épreuves que la vie mettait devant moi. Cela rejoint des articles plus anciens. Merci de vos mots. @mitiésMa chère CAT! Que de déboires avec ton com, validé, puis non apparu, je pensais l'avoir effacé par mégarde, mais il était sur mon admin sans s'afficher pour autant sur le blog! Heureusement, il y avait l'avis d'arrivée de com!Sinon, je lis dans ce que tu dis des tonnes d'indicateurs de ta foi mdr: les Amérindiens croient en des choses encore plus loufoques que nous, et puis le mur des Lamentations, y mettre un mot, est aussi symbolique que ma prise du bain à Lourdes! Alors je vois plutôt un refus ou rejet qu'une certitude. D'ailleurs s'il n'y a pas de Dieu, cela signifie que tout est hasard, or tu dis que si les choses arrivent, ce n'est pas sans raison, tu crois donc en un déterminisme intelligent... Ce qui sous-entend présence d'un être intelligent qui régit... Donc foi lol! Sache que je partage tes contradictions! Je me dis croyante en pointillés. Mais pas au sens classique. Le pélé, on m'a proposé d'y aller gratuitement (tout compris). Sur place, les commerces sont en ville, pas sur le site. Personne n'oblige à acheter un cierge. L'eau est gratuite forcément, on peut amener sa propre gourde et donc ne rien payer. Les commerces sont hors du site et personne n'est obligé d'y aller. O. a quitté les pélés cette année-là. Quelque chose s'était brisé. Elle a été malade aussi. Je crois que des miracles non religieux se produisent tout le temps, il suffit de les voir.De nombreuses personnes guérissent à Lourdes par auto-suggestion, c'est clair. C'était dit dans le reportage d'Arte. Une quantité impressionnante de guérisons non religieuses. Alors j'avais une chance et demie...Merci en tout cas pour ce beau com, émouvant... Plein de :0010:Merci OPHI, j'accepte avec plaisir le compliment et surtout, je suis contente que quelqu'un ait ri en lisant (m'inquiétais moi)! J'ai vécu de sacrés trucs, et encore, je garderai le meilleur pour moi, toujours! :0010:Merci VANESSA! C'était un exercice de test de foi autant qu'un exercice intellectuel d'auto-suggestion. Entre la soirée thématique ARTE et mon départ, j'avais exercé mon esprit à contrôler la douleur, avec une efficacité relative, et je me disais qu'en m'entraînant tous les jours, j'arriverais peut-être à dompter ma maladie aussi. Les moines zen contrôlent la douleur. Cette supériorité de l'esprit sur le corps, leur contrôle du souffle et de certains organes, de la tension, du rythme cardiaque etc, m'ont interpelée. Mais Lourdes était la résultante de nombreux éléments qui te font défaut: le souvenir d'enfance, l'éveil mystique, la guérison du pied, l'éducation religieuse protestante de mon père, ma fascination pour les Pyrénées, mystérieuses, sauvages, pas comme les Alpes, domestiquées.Puis, la mort de Milda, catho, ma soeur. Mon diagnostic qui signifiait aggravation et la perspective des 2 stomies. Enfin, le doc sur ARTE qui parlait de centaines de guérisons non reconnues, d'auto-suggestion... J'étais seule à affronter la vie. Qui sait, si ces éléments avaient pesé dans ta vie, ce que tu aurais décidé? Clin d'oeil malicieux! :0010:CAROLINE, il ne faut surtout pas culpabiliser d'être en bonne santé, il faut au contraire en profiter pleinement, prendre soin de soi, et aider un peu les autres qui le souhaitent. Quand j'étais en bonne santé, je ne me sentais pas fautive devant un malade, juste chanceuse. Merci! @mitiésEh oui cher ALAIN, ça a marché de suite après ton com posté en haut! La censure sélective à la source est impossible. On peut modérer tous les coms ou aucun. Je les modère tous.Mais là, je pense que c'est la fenêtre de coms qui ne s'est pas ouverte? Ca m'est arrivé souvent ce soir, également des fermetures intempestives alors que j'avais écrit des tonnes de réponses sans avoir la possibilité de sauvegarder car le clic n'était plus possible. Bug chez OB, ça arrive! @mitiésBonne nuit à tous et merci pour ces fabuleux commentaires! @mitiés

Handi@dy 20/08/2007 00:39

Merci d'eli cieux! Ravie si mon récit a pu t'apporter quelque chose! L'écrire m'a permis de revivre ces moments et de les raviver! @mitiésMerci très cher Poulbot! Comment, comment, tu as tout lu! Alors là! LOL! Suis émue et flattée! Je ne pouvais laisser passer ce clin d'oeil à nos discussions sur le protestantisme et sur Lourdes, ainsi que ta si belle région! @mitiés et :0010:Merci YVETTE, une histoire qui fait du bien, quel plus beau compliment? Il y a des histoires qui construisent, j'espère qu'elle en est. En tout cas, me remémorer tout cela m'a emplie d'entrain lol! @mitiés

Alain 19/08/2007 23:12

Oui, maintenant ça marche...Je croyais que j'étais censuré !!!BisesAlain