Mon métier de pédagogue et ma SEP, mon handicap. Comment j'en parle à mon public jeune.

Publié le par Handi@dy

réédition!

Je consacre 10 minutes à chaque rentrée, dans chacune de mes 9 classes (jeunes de 15 à 22 ans environ, plus rarement des adultes en congé de formation parfois plus âgés que moi), pour expliquer que je suis en fauteuil roulant depuis 98 suite à une maladie neurologique (mais je ne parle jamais de SEP pour ne pas les inquiéter, et puis surtout parce que ça ne concerne que moi), que je ne remarcherai pas malgré un reste de mouvement dans les jambes (je leur montre, d'ailleurs je "pédale", me sers de ce résidu de mouvement pour avancer en cours, en plus des bras, ça me permet d'avoir une main libre pour distribuer les copies par ex.). Je les invite à regarder comment je fais pour me déplacer, ils me voient enlever les cale-pieds, mes gants de cycliste, mon sac à dos, me mouvoir... Intéressés, pas gênés, puisque je ne le suis pas. Puis je les invite à me poser des questions s'il y a lieu, en précisant qu'après, le sujet est en principe clos. En général, c'est "Vous risquez d'en mourir? Vous avez mal? Vous serez absente? Comment on peut vous aider? Vous avez le moral? Vous habitez dans une maison?". Je réponds: "Non, j'ai en principe une espérance de vie normale. Parfois j'ai des douleurs, mais il existe des médicaments, et puis si j'avais trop mal, je ne serais pas là. Je suis parfois absente (maxi quelques semaines), je serai alors remplacée par un titulaire remplaçant à qui je donnerai mes cours. Pas de souci. Je n'ai pas besoin d'aide et suis d'ailleurs autonome chez moi aussi, mais si c'est le cas, genre pour pousser le meuble avec le rétroprojecteur, je demanderai à l'un d'entre vous. J'habite dans un appartement normal, mais accessible. Le moral, c'est comme vous: il y a des hauts et des bas..."handicar.gif
Je suis rôdée à cet exercice, vous pensez bien: 9 classes à chaque rentrée... Routine.

Les enfants font preuve d'une ouverture d'esprit remarquable. Le premier cours, éventuellement les deux premiers, ils m'observent comme ils y ont été invités par moi. Puis, ils me regardent... dans les yeux. Oublié le fauteuil. Parce que moi-même, je l'"oublie". Je parle, ils parlent, ce sont des esprits qui communiquent, des sourires, les corps ont disparu. Magique! Ces jeunes en difficultés, tant décriés, n'ont jamais profité de mon handicap, m'ont toujours considérée comme normale, ont été extras! Rien n'a changé par rapport à celle, valide, que j'étais avant. Même relation. Ce n'est pas un hasard: je suis franche avec eux, cohérente, fiable. Je fais ce que je dis. (et je dis ce que je fais!) Je sais que j'ai, étrangement, sur mes collègues valides, un avantage de taille:
je suis marginale, de par mon handicap. (de par mes rondeurs aussi hem...) En marge, pas comme il faut... comme bon nombre de mes élèves: de couleur, primo-arrivants d'un pays étranger, enfants de cités ou de la campagne... Ils s'identifient, se reconnaissent dans ma marginalité qui est pour eux un choc positif, un espoir... Ils se disent: "Si ELLE peut, si ELLE réussit à se faire une place dans la société et à être heureuse, je pourrai aussi. J'ai ma chance."
Je suis, sans l'avoir choisi, un outil vivant et ambulant à intégrer, à rassurer. Simplement en existant, et en continuant d'enseigner malgré le fauteuil. Je suis riche de ça. Comme quoi, le fauteuil a parfois des avantages inattendus, pour soi, pour les autres, humainement...
D'un handicap, faire un atout, une force. (pour info: caricature faite d'après photo d'identité par DrawMe)

***J'ai eu l'occasion de leur faire goûter le fauteuil dans le cadre d'un projet génial... Prochainement ici, avec photos à l'appui!


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d'éli cieux 01/02/2008 07:34

c'est sur que je viens de réaliser pourquoitu donnes autant de courage car toi si u peux, alors tout est possible !mais je rajoute parce que c'est toi , ausssi !

Handi@dy :0014: 30/05/2007 01:12

Merci LAGLESINE! De même! Bonne nuit!

laglesine 30/05/2007 00:45

Bonjour Handy !Juste un passage pour te souhaiter un bon mercredi. Bisous

Handi@dy :0014: 29/05/2007 17:34

Merci LA GALETTE! Pour l'ouverture d'esprit des enseignants, ça vient, petit à petit... Certains sont volontaires pour encadrer leurs élèves handis. Ils se forment. Les choses commencent à bouger. Il y a tant de murs de préjugés à abattre que cela ne se fera que progressivement, mais il y a déjà des personnes épatantes qui oeuvrent dans le bon sens sur le terrain! @mitiés.

La galette 29/05/2007 12:44

Mille fois bravo!  J'aimerais faire partager  ton vécu à beaucoup d'enseignants aussi ...... et à mes deux autres enfants aussi!